Mais si le film est déjà un succès au box-office indien, il vient d’être interdit de sortie au Pakistan.

Après avoir publié la nouvelle "The Sanitary Man of Sacred Land", la productrice indienne Twinkle Khanna a adapté ce récit au cinéma avec le film "Pad Man", dans les salles indiennes depuis le 9 février 2018. L’histoire est celle de la vie Arunachalam Muruganantham, un entrepreneur social indien qui a inventé un processus de fabrication de serviettes hygiéniques low-cost.

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Si celui qui testait lui-même ses prototypes avec une vessie de porc remplie de sang de chèvre a d’abord été traité de "pervers" par les habitants de son village, il a ensuite remporté le prix national de l’innovation avec son invention salvatrice pour des milliers de femmes à travers l’Inde. Aujourd’hui, Arunachalam Muruganantham parcourt le pays pour apprendre aux femmes comment fabriquer et vendre leurs protections hygiéniques pour deux roupies l’unité, soit six fois moins cher que leur prix dans le commerce où elles sont taxées comme des "produits de luxe".

20 % des jeunes filles indiennes ne vont pas à l’école lorsqu’elles ont leurs règles

"Ça me déroute qu’une simple fonction du corps humain puisse être si largement condamnée et stigmatisée", a confié la productrice Twinkle Khanna par mail à nos collègues de Mashable. D’après elle, 20 % des jeunes filles indiennes ne vont pas à l’école lorsqu’elles ont leurs règles simplement parce qu’elles n’ont pas accès à des produits d’hygiène féminine efficaces. Puisque les protections hygiéniques sont trop chères, les femmes de certaines régions rurales indiennes sont contraintes de placer de la terre ou des cendres dans leurs sous-vêtements pour absorber leur flux menstruel.

Un manque d'hygiène menstruelle dangereux

"Nous avons vu que, non seulement les femmes utilisent de vieux morceaux de tissu, mais qu’elles utilisent surtout de la terre, de la poussière ou des cendres. Elles mettent la terre dans leurs sous-vêtements, en contact direct avec la peau. À cause de cela, elles contractent des infections ou des cancers de l’utérus", racontait ainsi Amir Abbas aux Observateurs de France 24 en juillet 2017.

À l’écran, c’est Akshay Kumar, star de Bollywood et mari de Twinkle Khanna, qui interprète le rôle de cet inventeur génial dans "Pad Man". "C’est l’homme qui peut initier un changement dans une société dominée par les hommes. C’est choquant de voir la souffrance que traversent ces femmes pendant leurs règles, et les hommes doivent prendre part à la fin de ce tabou. La première victoire de 'Pad Man' pour le moment c’est que les hommes ont commencé à parler des règles", explique l’acteur à Mashable.

Depuis sa sortie dans les salles indiennes, le film "Pad Man" attire de nombreux spectateurs et parvient déjà à déclencher la conversation autour de ce sujet jusqu’alors tabou, assurent Twinkle Khanna et Akshay Kumar. Pour donner plus de force à leur message, les deux ont également lancé un défi sur les réseaux sociaux, le Pad Man Challenge, où des personnalités indiennes mais aussi internationales comme Natalia Vodianova, prennent un selfie avec une serviette hygiénique.

Censuré au Pakistan

"Si l’hygiène menstruelle devient un sujet planétaire, j’espère que cela prendra aussi plus de place dans les discussions internationales. Il n’y a pas de limite à ce que le film peut accomplir s’il tombe entre les bonnes mains", croit la productrice. Reste à voir si le film aura également une portée au-delà des frontières de l’Inde. Diffusé dans une sélection de cinéma à l’étranger (mais pas encore en France), sa sortie a par contre été interdite au Pakistan où les autorités estiment qu’il va "à l’encontre des traditions et de la culture" du pays.

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