Depuis le début de l’année, le ministère de l'Intérieur égyptien diffuse sur les réseaux sociaux des vidéos à destination du jeune public, pour les inciter à leur rapporter des faits qui leur paraîtraient curieux.

Au début de chaque vidéo, il y a ce slogan : "Ensemble, nous allons protéger la conscience de nos enfants", accompagné du sigle du ministère égyptien de l’Intérieur. Puis un dessin animé débute, mettant en scène deux petits héros, Fateen et Bolbol. Sous couvert de divertissement, ces vidéos postées sur YouTube par le ministère de l’Intérieur égyptien depuis le début de l'année ne semblent pas tant vouloir "protéger" les enfants que les embrigader dans une dénonciation des "criminels" à la police. Une initiative qui fait tiquer, dans un pays où les droits de l’Homme et la liberté d’expression sont en constante régression.

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Dans un premier épisode, Fateen et Bolbol voient un inconnu emménager dans un appartement et porter des cartons la nuit. La filature de l’individu  éveille la curiosité des garçons, qui s’empressent de raconter ce qu’ils ont vu à un agent de police. Celui-ci les félicite : "Ce qu’on attend de vous, c’est de rapporter à la police des cas suspects."

Dans une autre vidéo, les deux jeunes protagonistes rencontrent à l’hôpital un homme qui a besoin d’aide et de soins, et passent un coup de fil à un agent de police, pour faire un signalement.

Ces dessins animés ne manquent pas de susciter le débat et d’être raillés par une partie de la population, qui goûte peu que la police encourage l'esprit de délation des enfants. Dans la vidéo, le policier félicite d’ailleurs les jeunes d'avoir directement informé les autorités sans en avoir parlé à d’autres adultes précédemment.

De quelle tête pensante émane cette campagne ? Selon le journal égyptien Youm7 daté du 7 février, la direction de l’information et des relations au niveau de la sûreté du Caire aurait soufflé l’idée de ce programme au ministère de l’intérieur, qui en a financé la production et la diffusion.

Le ministère de l’Intérieur chercherait ainsi à instaurer un climat de défiance entre enfants et adultes, alors même que la police a recours massivement aux arrestations arbitraires et à la torture. Selon un rapport publié par Human Rights Watch (HRW) en septembre 2017 et intitulé "'We Do Unreasonable Things Here': Torture and National Security in al-Sisi’s Egypt" ("Nous ne sommes pas raisonnables ici : torture et sécurité nationale dans l’Égypte d’al-Sissi"), au moins 60 000 personnes ont été arrêtées ou inculpées depuis 2016.

"Toutes les voix dissidentes, c’est-à-dire journalistes, militants, défenseurs de droits humains, avocats, syndicalistes, toutes celles et ceux qui s’expriment de manière critique à l’égard du gouvernement sont menacés d’arrestation, de poursuite et d’emprisonnement simplement pour les faire taire", rappelle de son côté Amnesty International.

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