Le nouveau gadget de la Darpa ? Des végétaux génétiquement modifiés pour fournir tout un tas d'informations icognito aux forces armées américaines.

Après la mise au point de drones invisibles, d’une ribambelle de robots guerriers, d’implants pour le cerveau de soldats augmentés, d’exosquelettes pour super-fantassins… Le nouveau projet de l’agence de recherche et développement du département américain de la Défense est certifié 100 % bio. Il consiste à modifier l’ADN des plantes pour les transformer en espions.

VOIR AUSSI : L'armée russe vient d'acheter cinq dauphins destinés à rejoindre ses rangs

Rappelons que l’agence de recherche et développement du département américain de la Défense, la Darpa, conçoit toute sorte de gadgets high-tech pour les forces armées des États-Unis. Et on lui doit, entre autres, "l’invention d’Internet" ou encore du GPS. Dans ses laboratoires, les chercheurs créent, sans cesse, une multitude d’innovations qui, dès leur conception, intègrent les exigences d’efficacité et de discrétion qu’impose toute activité militaire.

Les ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9 seraient utilisés pour reprogrammer l’ADN des arbres, des fleurs et autres herbes folles

Dans le domaine du contre-espionnage, aucun gadget n’égalera les performances des organismes 100 % biologiques, en particulier ceux des plantes, affirment les scientifiques de l’agence. Leur nouveau projet, qui s’intitule Advanced Plant Technologies ou programme APT, consiste à modifier les génomes des végétaux de la flore sauvage afin de les métamorphoser en espions environnementaux. Dans son dernier communiqué, la Darpa précise ses objectifs : "Mettre au point des capteurs robustes à base de plantes qui sont autonomes dans leur environnement et qui peuvent être surveillés à distance à l’aide du matériel existant ".

Inquiétudes de la société civile

L’observation des réactions de ces biocapteurs s’effectuerait principalement par imagerie satellitaire. Les chercheurs s’appuient sur les nouvelles techniques de séquençage et les méthodes d’édition génétique que permettent les ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9, pour reprogrammer l’ADN des arbres, des fleurs et autres herbes folles. Ni vues ni connues, les plantes modifiées réagiraient à la présence de composés "nitroaromatiques" qui interviennent dans la fabrication des explosifs, comme les mines et autres engins antipersonnel, aux poisons chimiques, aux pièges bactériologiques et même aux éléments radioactifs qui traîneraient ici et là sur un éventuel théâtre d’opérations militaires.

Pour tenter de répondre aux inquiétudes de la société civile concernant les risques environnementaux que représente la dissémination dans la nature de plantes modifiées génétiquement, l’agence précise que "ces recherches se dérouleront dans des laboratoires et des serres confinés, qu’elles seront conformes aux règlements fédéraux, sous la surveillance additionnelle des comités institutionnels de biosécurité". Nous voilà presque rassurés. Ces OGM militarisés seront exclusivement réservés aux forces armées américaines, ajoute la Darpa. Ce n’est donc pas demain la veille que l'on plantera nos choux-espions dans le jardin de notre voisin afin de surveiller du coin de l’œil ses activités potagères.

– Article de Dominique Desaunay initialement publié sur rfi.fr.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.