Dans une lettre publiée dimanche dans Libération, l'actrice Catherine Deneuve revient sur la tribune polémique de la "liberté d'importuner". Si elle assume ce texte "vigoureux", elle prend ses distances avec certaines signataires.

"Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte", a expliqué l'actrice Catherine Deneuve, dans une lettre publiée dimanche 14 janvier par le quotidien Libération

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"Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime"

"Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime (...) Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses", a-t-elle conclu dans ce billet.

La tribune polémique, parue le 9 janvier dans Le Monde, défend "la liberté d'importuner" pour les hommes, l'estimant "indispensable à la liberté sexuelle". Les rédactrices de la tribune cosignée par l'actrice, Sarah Chiche, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Peggy Sastre et Abnousse Shalmani, qui se veulent à contre-courant de l'élan né de l'affaire Weinstein, ont salué le texte de Catherine Deneuve en "réaffirmant la nécessité de préserver la liberté sexuelle et de combattre le lynchage médiatique".

De vives réactions

En France, la tribune avait suscité des critiques et des interrogations de la part de militantes féministes et de personnalités politiques comme François Bayrou et Laurence Rossignol, l'ex-ministre des Droits des Femmes. Le Monde a lui aussi justifié ce week-end la publication de la tribune, au nom de la "défense du pluralisme des idées".

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Catherine Deneuve présidera lundi à Angers le jury du festival "Premiers plans".

En Italie, l'ancien chef du gouvernement Silvio Berlusconi avait au contraire salué ce texte. "Je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m'apporter leur soutien que je ne suis pas dupe. Ils n'auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire", écrit l'actrice dimanche. Avant cette tribune, l'actrice s'était déjà attiré les foudres des féministes en soutenant Roman Polanski, accusé de viol.

"Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon"

"Évidemment, rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l'aurais pas signé", assure Catherine Deneuve, qui a rappelé son engagement féministe à l'époque de la signature du manifeste pour l'avortement des "343 salopes". Mais pour elle, "la solution viendra de l'éducation de nos garçons comme de nos filles. Mais aussi éventuellement de protocoles dans les entreprises, qui induisent que s'il y a harcèlement, des poursuites soient immédiatement engagées", car elle croit "en la justice".

"Il y a, je ne suis pas candide, bien plus d'hommes qui sont sujets à ces comportements que de femmes. Mais en quoi ce hashtag (#Balancetonporc, ndlr.) n'est-il pas une invitation à la délation ?", s'interroge-t-elle, s'inquiétant en outre du "danger des nettoyages dans les arts". "Une époque où de simples dénonciations sur réseaux sociaux engendrent punition, démission, et parfois et souvent lynchage médiatique. (...) Je n'excuse rien. Je ne tranche pas sur la culpabilité de ces hommes car je ne suis pas qualifiée pour", poursuit-elle.

Les explications de Deneuve, attendue ce lundi à Angers au festival "Premiers plans", où elle préside le jury, étaient attendues après les nombreuses réactions cette semaine.

– Article initialement publié sur France 24.

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