Assister à une rencontre sportive est proscrit lorsqu'on est une femme en Iran. Des Iraniennes ont pourtant trouvé la parade.

La police des mœurs de Téhéran a annoncé fin décembre l'assouplissement de la réglementation sur le port du voile en public… mais les Iraniennes sont loin d’avoir gagné tous leurs combats. Notamment pour entrer dans les stades assister aux rencontres sportives : cela leur est interdit… et vaut à certaines de déployer des trésors d’ingénierie pour se maquiller. Et la dernière prouesse du genre dépasse toutes les précédentes.

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Elle s’appelle Zahra – c’est du moins le nom qu’elle se donne sur les réseaux sociaux – et fin décembre, elle a posté des photos d’elle dans un stade de Téhéran déguisée en homme, avec une fausse moustache et une fausse barbe. Elle a expliqué s’être maquillée un maximum pour que ses traits semblent plus masculins.

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Selon des médias locaux, Zahra est une fan du FC Persépolis, une équipe de foot de la capitale iranienne. Lassée de ne pas pouvoir voir son équipe jouer, elle a trouvé le moyen de se rendre au match contre Teraktor, un club de la ville de Tabriz, le 29 décembre.

Son histoire a fait du bruit et relancé le débat sur le droit des femmes à accéder aux stades. Surtout qu’une semaine avant Zahra, une autre fan du FC Persépolis avait elle aussi berné les services de sécurité lors d’un match à Ahvaz, dans le sud-ouest du pays. Shabnam, comme l’ont nommé les médias iraniens, avait porté une fausse barbe encore plus sophistiquée que celle de Zahra.

Jusque-là, la technique la plus courante utilisée par les femmes était de se peindre le visage aux couleurs de leur équipe, et de s’habiller comme des hommes. Puis d’essayer d’entrer dans les stades aux heures de pointe, quand la surveillance est forcément moins efficace. 

Quand elles se mettent en scène sur les réseaux sociaux, ces femmes connaissent souvent une grande popularité. Jusqu’ici pourtant, aucune arrestation de resquilleuse n’a été rapportée.

Difficile de faire bouger l'état de fait

Selon les autorités iraniennes, les femmes ne peuvent pas entrer dans les stades car ces lieux sont "inappropriés" pour elles et que la police ne peut pas assurer leur sécurité. Les défenseurs des droits des femmes critiquent cette position, de même que celles qui ont pu entrer dans des stades. "Une fois dans le stade, les gens autour de moi ont remarqué que j’étais une femme, et ils se sont conduits de façon plus polie à partir de ce moment", explique ainsi Shabnam.

Dans la vidéo ci-dessous, une autre supportrice fait écho à ses propos : "Tout le monde a remarqué que j’étais une fille, et tout le monde s’en fiche. On prend des photos ensemble. J’espère que nous serons bientôt libres [d’assister à des matches masculins]."

Depuis l’élection de Hassan Rohani à la présidence en 2013, le gouvernement iranien tente de convaincre les conservateurs d’ouvrir les stades aux femmes, sans succès pour le moment.

Aucune loi n’interdit officiellement aux femmes d’assister aux rencontres sportives mais depuis la révolution islamique de 1979, c’est un état de fait. Cette situation a provoqué de nombreuses manifestations à l’extérieur des stades, notamment pendant les matches de l’Équipe nationale iranienne à Téhéran.

– Cet article d'Ershad Alijani a été publié initialement sur le site des Observateurs de France 24.

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