Manny Medrano, 21 ans, semble avoir réussi à trouver de nouvelles significations aux quipus, ces ficelles utilisées par les Incas pour recueillir des statistiques.

L’histoire n’est jamais écrite par les perdants. La majorité de nos connaissances sur les cultures précolombiennes, notamment les Incas, nous vient donc de ce que nous ont transmis les conquistadors espagnols. Tout le reste a été découvert – et reste encore à découvrir – par la force de la recherche et de l’archéologie. Et parfois, grâce à un peu de chance et de passion.

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Au lieu d’aller faire la fête durant ses vacances de printemps, un étudiant de Harvard est resté sur le campus dans le but de déchiffrer… des quipus. Le terme signifie "nœud" ou "compte" en quechua et désigne les objets qu’utilisait l’administration inca pour recueillir des données statistiques, comme les taxes ou l’inventaire des ressources. Le plus vieux spécimen retrouvé date de l'an 650 environ.

Mais notre lecture et notre compréhension de ces objets restent limitées. En plus de comptes chiffrés, les quipus pourraient également avoir été un moyen de raconter des récits que nous n'arrivons pas encore à déchiffrer. Grâce aux découvertes de Manny Madrano, 21 ans, nous pourrons bientôt en savoir beaucoup plus sur les informations collectées par ces objets, qui fonctionnaient "comme des anciennes feuilles Excel", selon les termes du jeune homme.

Un garçon plein de bonne volonté

L’histoire débute il y a trois ans, alors que Manny Medrano n’a que 19 ans. En parallèle de ses cours principaux de mathématiques, il choisit de suivre le cours d’archéologie de Gary Urton, titulaire de la chaire du département d’anthropologie de Harvard, mais surtout grand spécialiste des civilisations précolombiennes. Rapidement, Manny Medrano commence à aider le professeur à classer les citations dans son nouveau livre sur les Incas et l'utilisation des quipus, comme le rapporte le site de l'université.

Plus tard, lors d'un cours, Gary Urton montre à sa classe six quipus récemment découvert dans un musée de Lima, au Pérou. Les informations données par les noeuds et les manières dont ils étaient formés semblaient corroborer avec celles recueillies sur un document espagnol datant de 1670. Ce dernier parlait d'un village de la côte du Pérou où 132 personnes habitaient. Et les quipus de Gary Urton semblent donner un chiffre similaire.

Manny Medrano propose donc son aide et commence, durant son temps libre, à travailler sur les objets.

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Des quipus péruviens.
Science & Society Picture Library

Cent trente-deux villageois et des ficelles colorées

Alors qu'il étudie les quipus dans sa chambre, Manny Medrano fait l'hypothèse que les noeuds, en fonction de leur placement en recto ou verso sur la ficelle, donnent des informations sur le statut social des villageois. À partir de là, il réalise que les couleurs correspondent à des noms et qu'à l'aide des documents espagnols qu'il compare aux quipus, il peut arriver à en apprendre plus sur chacun des habitants du village.

Après avoir travaillé sur son hypothèse, il en parle à son professeur. Les deux hommes découvrent par exemple, comme ils l'expliquent à la gazette de l'université, qu'ils peuvent isoler des personnalités, leur rôle dans la société, et même leur manière de vivre. Ils ont aussi découvert qu'il y avait six clans dans la vallée du village inca. L'ensemble des résultats de Manny Medrano et Gary Urton doivent être publiés ce mois-ci dans la revue scientifique Ethnohistory.

Les Incas n'utilisaient pas l'écriture et les quipus pourraient révéler bien d'autres mystères. On en compte environ 1 000 retrouvés dans le monde à l'heure actuelle, les conquistadors en ayant brûlé énormément. Manny Medrano aurait-il trouvé la pierre de Rosette des Incas ?

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