Le site Newsweek aurait récupéré des e-mails échangés entre des employés d’Amazon et Microsoft et les réseaux de prostitution de Seattle, aux États-Unis. Les clients de ces réseaux les entretiendraient et les ferait grossir depuis des années.

Ils ne sont plus "simples clients", ils entretiennent des réseaux criminels de prostitution. Amazon et Microsoft sont deux géants de la tech, et pourraient bien se trouver au cœur d’un scandale. Newsweek aurait récupéré des centaines d’e-mails échangés depuis 2015, entre des employés des deux firmes et les réseaux de prostitution de Seattle. Ces données font écho à des enquêtes policières et journalistiques qui flairent lesdits réseaux depuis plusieurs années.

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Les personnes impliquées auraient utilisé leurs adresses professionnelles pour ces échanges. Comme la prostitution est illégale quasiment partout aux États-Unis, les proxénètes exigent régulièrement des nouveaux clients des preuves qu’ils ne sont pas des policiers, qui chercheraient à démanteler le réseau. Les "managers", qui s’occupent de tenir les emplois du temps des prostituées, se chargent également de récupérer et vérifier les documents d’identité des clients tous neufs.

Le Seattle Times précisait dans une enquête similaire, publiée cet été, que ces documents contenaient des adresses professionnelles d’employés d'Amazon, Microsoft, mais aussi de Boeing, des comptes Linkedin, et même des photos de famille.

Les gros clients deviennent proxénètes d’un réseau criminel 

En 2015 déjà, une opération d’infiltration avait permis d’attraper des employés haut placés d’Amazon et Microsoft. Toute cette histoire impliquerait les mêmes personnes et les mêmes réseaux, qui exploitent des jeunes femmes asiatiques principalement sud-coréennes ou thaïlandaises. Les couloirs des géants de la tech sont généralement très masculins, et les fidèles deviennent finalement proxénètes, à force d’évaluer leurs "dates", les recommander, et en organiser pour d’autres clients.

Les clients sont (très fortement) incités à rédiger des notes, avis et commentaires sur les prostituées, sur une plateforme web

C’est le cas par exemple d’une bande d’acharnés auto-proclamée "La Ligue des Gentlemen Extraordinaires", qui se réunissait à l’Hôtel Bellevue de Seattle pour comparer leurs notes et expériences avec différentes prostituées. La bande échangeait à haute voix, ce qui a permis à la police de Seattle de les enregistrer. "Elle est faite aussi parfaitement que j'imaginais qu'elle le serait", a pu dire l’un d’entre eux, ou bien : "Juste après une Coréenne, j’ai toujours eu ce petit truc pour les Européennes de l’est". Avec Internet et sa facilité d’accès, les réseaux de prostitution ne vivent que mieux, et profitent d’un effet boule de neige.

Les clients sont (très fortement) incités à rédiger des notes, avis et commentaires sur les prostituées, sur une plateforme Web. Énergie, corps, qualité du rapport, extras… Ces femmes sont déshumanisées, victimes d’une objetisation à l’extrême. Tout est noté par les uns, épié par les autres. En résulte un réseau de prostitution presque autonome dans les chambres luxueuses du Bellevue, dont les services atterrissent même en périphérie de la ville, quand les clients-proxénètes envoient leurs prostituées favorites à leurs amis.

La grande majorité des jeunes femmes exploitées sont recrutées entre 11 et 14 ans

Évidemment, les conditions ne sont pas bonnes, relèvent du trafic humain, et la grande majorité des jeunes femmes exploitées sont recrutées bien avant leur majorité, entre 11 et 14 ans, selon des informations officielles du département de King, dans l’état de Washington, où se trouve Seattle. Un des proxénètes attrapés en 2015 a admis que la plupart des prostituées travaillaient sous la menace, "celle que quelque chose leur arrive, à elles-mêmes ou à leurs familles", selon Newsweek. Ces femmes ont des rapports avec 5 à 15 hommes par jour, selon les autorités.

Amazon et Microsoft font l’autruche

Si Amazon et Microsoft sont les noms qui reviennent le plus souvent, c’est qu’ils représentent une élite business bien en place. Mais des paquets d’autres entreprises, plus ou moins importantes, sont tout autant impliquées dans ces réseaux de prostitution. Les e-mails étudiés par Newsweek ne représenteraient selon eux qu’une infime partie des échanges faits avec ces réseaux, qui eux même ne représentent pas la totalité du business du sexe à Seattle.

Newsweek a contacté Microsoft pour obtenir des commentaires. Le lendemain de cette prise de contact, les employés de Microsoft ont reçu un e-mail des ressources humaines : "Microsoft a été informé par le bureau du procureur du département de King qu’ils avaient obtenu des enregistrements en connexion avec une activité pénale concernant l’implication d’un confrère dans une affaire de prostitution". La suite demande aux employés de la firme de s’assurer qu’ils sont en ordre quant aux conditions d’utilisation de leur identité professionnelle (badges, adresses…), ainsi que vis-à-vis de la loi. Un porte-parole de Microsoft a qualifié le timing de cet e-mail de "coïncidence", affirmant que l’enquête menée par Newsweek n’avait rien à voir.

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En haut, les résultats d'une recherche d'annonces comportant le mot-clé "Microsoft", en 2013. Les annonceurs utilisent la proximité avec le bâtiment de l'entreprise comme argument de vente. En bas, la même recherche, le 27 décembre 2017. Les offres sont devenues moins facilement accessibles.
Captures / Backpage

"Aucune entreprise n’est à l’abri d’une situation malheureuse", concède Microsoft

Un courrier a finalement été adressé au site d’information : "Microsoft prend très à cœur, et ce depuis longtemps, de coopérer avec les autorités pour combattre le trafic sexuel et ses dérives. Nous avons également des employés qui ont dédié du temps et de l’argent à cette cause. Le comportement isolé d’une infime partie de nos 120 000 employés ne représente en aucun cas notre culture. Aucune entreprise n’est à l’abri d’une situation malheureuse dans laquelle des employés agissent hors de la loi ou de l’éthique. Microsoft est bien clair avec ses employés quand à leur responsabilité d’agir avec intégrité. Si ce n’est pas le cas, ils risquent de perdre leur poste."

Lundi dernier, Amazon affirmait à Newsweek qu’ils "enquêtaient" sur le sujet : "La charte de l’employé d’Amazon affiche clairement que : ‘il est contraire à la politique d’Amazon qu’un employé ou associé s’engage dans une quelconque forme de commerce sexuel dans les locaux d’Amazon ou dans n’importe quel lieu en dehors qui aurait un lien avec le lieu de travail, comme les voyages d’affaires, séminaires, ou évènements.’ Quand Amazon suspecte qu’un employé a utilisé des fonds ou ressources de la société à des fins criminelles, l’entreprise lancera une enquête immédiatement et prendra les mesures nécessaires."

Le marché du sexe américain se porte mieux que jamais, visiblement en partie grâce aux salariés des monstres du business bien ancrés. Seattle est particulièrement reconnue comme étant un foyer important de réseaux de prostitution. Le grand-père de Donald Trump par exemple, y avait ouvert un restaurant à l'âge de 22 ans, dans les années 1890, qui servait entre autres déjà de maison close. 

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