La Sierra Leone a vendu, lundi, à New York, l'un des plus gros diamants bruts au monde pour 6,5 millions de dollars. Le pays ouest-africain, l’un de plus pauvres de la planète, promet de financer des projets de développement avec les sommes perçues.

Plus de 6 millions de dollars (5,5 millions d'euros) pour une pierre de 140 grammes. C’est la somme qu’a empochée, lundi 4 décembre, le gouvernement sierra-léonais, après avoir vendu aux enchères un diamant de 709 carats.

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Le minéral brut de la taille d’un œuf, l’un des plus gros du monde, a été découvert en mars dans la province diamantifère de Kono (est) par les employés d’une société locale de prospection minière dirigée par un pasteur évangélique, Emmanuel Momoh. Ce dernier avait remis la pierre non taillée au gouvernement, contre l’assurance de toucher 26 % du produit de la cession, soit 1,69 million de dollars de la vente. De cette somme seront prélevés les 339 000 dollars destinés aux cinq employés à l’origine de la découverte.

"Je crois que ce que j'ai commencé va se poursuivre", a déclaré Emmanuel Momoh, encourageant les autres prospecteurs à imiter sa démarche.

"Diamant de paix" contre "diamants de sang"

Signe de la relative stabilité dont jouit le pays depuis la fin de la guerre civile (1991-2002), le minerai précieux a été nommé "Diamant de la paix", par opposition aux tristement célèbres "diamants de conflits" ou "de sang", récoltés pendant les troubles par une population sous le joug des rebelles et seigneurs de guerre, qui les revendaient pour acheter des armes.

Le gouvernement sierra-léonais, dirigé depuis 2007 par Ernest Koroma, a mis en place une politique visant à rompre avec ces trafics, notamment depuis que les Nations unies ont levé, en 2003, l'interdiction imposée sur l'exportation de ces diamants.

"Le pays change désormais le récit autour de ces diamants. [...] C'est un jour historique pour nous", a déclaré le porte-parole du président, Abdulai Bayraytay, lors d’une conférence de presse à New York. Il a assuré que le produit de la vente de ce diamant allait "contribuer à transformer la vie des Sierra-léonais". Les 74 % de la cession qui reviennent aux autorités doivent aller pour l’essentiel à l’administration fiscale (59 %) et au fonds pour le développement de la région diamantifère (15 %).

Une espérance de vie de 50 ans

Si cette promesse s’accompagne de projets de développement, la vente est une bonne nouvelle pour la Sierra Leone, l’un des pays le plus pauvres de la planète. L'État ouest-africain n’a pas fini de réparer les ravages de la guerre et a été frappé de plein fouet par l’épidémie d’Ebola en 2013-2015. Malgré une croissance et un PIB en constante augmentation, les infrastructures de base manquent dramatiquement, surtout dans les campagnes, et l’espérance de vie atteint à peine les 50 ans. Le village du pasteur Emmanuel Momoh n’est équipé ni d’eau ni de système d’assainissement, rapporte RFI. La mise en vente du diamant devrait garantir "de l’eau, de l’électricité et de bonne routes au peuple", a réclamé à l’AFP Gibril Sesay un vendeur sierra-léonais.

"Le montant acquitté pour le diamant était bien plus bas qu'attendu", a pour sa part regretté auprès de l'AFP Beatrice Cole, une fonctionnaire qui regardait dans la capitale Freetown l'enchère retransmise en direct à la télévision. Plus de 7 millions de dollars avaient en effet été offerts lors d’une première vente organisée en avril en Sierra Leone. Mais l’opération avait été annulée car le gouvernement trouvait le montant insuffisant. "Peut-être est-ce le prix de la transparence", a commenté Martin Rapaport, président du groupe qui a organisé la vente de lundi, au sujet de l'ajustement à la baisse.

– Avec AFP et Reuters

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