Anes Tina, un des youtubeurs les plus en vue en Algérie, s’est récemment attiré les foudres des autorités pour avoir diffusé une vidéo où il brosse le portrait d’une jeunesse désenchantée face à une classe proche du pouvoir qu’il juge privilégiée.

Intitulée "Rani Zaâfane" (je suis en colère), cette vidéo a été diffusée le 17 novembre. Anes Tina, grimé en SDF, se lance dans une longue tirade où il fustige les privilégiés qui gravitent dans les cercles de pouvoir, sur fond de musique du film Titanic.

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"Les riches peuvent quitter le navire avec des passeports diplomatiques (…). Le diplômé universitaire est obligé de vendre des cigarettes pour survivre, alors que l’analphabète se pavane au parlement", assène-t-il. Et de poursuivre : "Je n’ai pas la double nationalité comme leurs enfants, je suis obligé de quitter le pays dans une barque. En 2017, les gens mangent encore dans la poubelle", en référence à ceux qui tentent d’émigrer illégalement, ou vivent dans la misère. 

Accusé de vouloir se faire de l’argent

Cette vidéo est rapidement devenue virale, avec plus de 6 millions de vues en à peine semaine (elle en est à 7,7 millions au moment où nous publions ces lignes). Mais le youtubeur ne s’est pas fait que des amis. Au cours d’une conférence de presse mardi 21 novembre, le ministre de la Communication Djamel Kaouane a accusé Anes Tina de courir derrière l’argent. "YouTube paiera ce monsieur, et c’est ce qu’il ne dit pas (…). Il est encore une fois question de rente, et cela, il ne le dit pas aux Algériens", a-t-il déclaré.

La chaîne Ennahar, proche du pouvoir, a emboîté le pas au ministre de la Communication. Dans une vidéo intitulée "Je suis content", elle accuse à son tour le youtubeur – sans le nommer – de s'enrichir. "Je suis content, ne m’utilise pas pour t’enrichir. Je suis content, je ne laisserai pas mon pays s’effondrer comme se sont effondrés les pays voisins", scande la voix off.

Le youtubeur n'a pas tardé à répliquer aux accusations. Dans une vidéo publiée le 19 novembre, il a affiché publiquement les statistiques de ses podcasts. On voit en effet que ses vidéos ne sont pas monétisées, et ne génèrent aucun revenu. "Je ne gagne rien", explique-t-il. "Mais ma plus belle récompense, c’est l’amour et le respect des gens. Même si je gagnais de l’argent, ce ne serait pas du vol. Ces personnes n’ont qu’à s’en prendre aux gens qui dilapident le pays", dit Anes Tina.  

Anes Tina a fait ses premiers pas sur YouTube en 2012, avec de courtes vidéos humoristiques qui sont rapidement devenues populaires en Algérie. Mais au fil du temps, ses sujets sont devenus de plus en plus politiques. Dans une vidéo diffusée en janvier 2014 notamment, il lançait un appel dans une chanson rap dans lequel il demandait au Président Abdelaziz Bouteflika d’"oublier le quatrième mandat". Le président algérien, âgé de 79 ans et au pouvoir depuis 1999, a été frappé en 2013 par un accident vasculaire cérébral (AVC). Depuis, il se déplace sur un fauteuil roulant et souffre de problèmes d’élocution.

Depuis quelques mois, de plus en plus de youtubeurs osent pourfendre le pouvoir en place. En avril 2017, DZ Joker, un autre humoriste, avait appelé au boycott des élections législatives.

Jeudi 23 novembre, des élections locales se sont tenues en Algérie dans un contexte économique et social maussade. Le pays traverse sa plus grave crise économique depuis 2009, en raison de la baisse du prix du pétrole sur le marché mondial, principale source de revenus du pays. Cette crise a notamment entraîné un ralentissement de la croissance, une hausse de l'inflation et du chômage qui touche près de 12 % de la population active.

– Cet article a initialement été publié sur le site des Observateurs de France 24.

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