Help Us Green collecte les fleurs usagées données en offrande dans les temples et les transforme en produits organiques, notamment des bâtons d'encens.

En Inde, dans les temples hindous, les fleurs sont un élément essentiel et toutes les statues de divinités sont couvertes de pétales rouges, oranges ou jaunes. Mais, cultivées en masse, ces fleurs regorgent de pesticides et autres produits chimiques, et polluent lourdement quand elles sont jetées dans le fleuve Gange. À Kanpur, dans le nord du pays, deux entrepreneurs ont monté une entreprise de recyclage de ces fleurs, qui en plus emploie des femmes en situation d'extrême pauvreté.

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Karan Rastogi et Ankit Agarwal ont tous les deux grandi à Kanpur, la neuvième ville d'Inde. Elle est connue pour son industrie du cuir, laquelle cause une importante pollution. C'est ce qui a incité Karan et Ankit à créer, en décembre 2014, leur entreprise Help Us Green : à défaut de s'attaquer à la pollution des usines et des tanneries de la ville, ils ont décidé de combattre une autre source de pollution, celle causée par les fleurs données en offrande dans les temples hindous et jetées ensuite dans le Gange.

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Une vache rumine au milieu de restes de fleurs. 
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Des fleurs usagées dans camion, en chemin vers l'usine de HelpUsGreen.
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Help Us Green collecte les fleurs usagées et les transforme en produits organiques, notamment des bâtons d'encens.

"Les produits chimiques des fleurs ont un effet dévastateur sur l'eau"

Meleah Moore travaille pour Help Us Green. Elle estime que les fleurs représentent jusqu'à 16 % des polluants du Gange. "Ces fleurs sont partout. Vous les trouvez à la vente dans les rues, surtout près des temples, et tout le monde en achète, on va toujours au temps avec ces offrandes", explique-t-elle. "Mais elles finissent par être jetées dans le Gange, qui est un fleuve sacré : le fait d'y jeter les fleurs fait partie du processus, il faut se débarrasser des fleurs offertes aux dieux de la manière la plus sacrée possible."

"Ces fleurs, couvertes de pesticides et de produits chimiques, s'amoncellent sur les bords du fleuve, se mélangent avec des effluents industriels, et le tout a un effet dévastateur sur la qualité de l'eau. Ça ne serait pas si grave s'il ne s'agissait que de quelques fleurs. Mais c'est à une échelle monumentale : huit millions de tonnes sont jetées dans le fleuve chaque année. Et ici, le Gange est central : les gens s'y baignent, s'y lavent, y lavent leurs habits et en boivent l'eau, l'utilisent pour cuisiner... Ça fait partie de la vie."

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Des fleurs usagées devant un temple.
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"L'industrie de la floriculture progresse de 5 % par an en Inde, et les petits producteurs ont tendance à vouloir profiter de cette croissance en répondant au mieux à la demande, ce qui les incite à utiliser massivement des pesticides", raconte Meleah Moore.

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Des fleurs usagées et d'autres déchets.
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HelpUsGreen ne se contente de proposer une solution pour limiter la pollution du Gange, elle s'attaque aussi au problème de la discrimination entre castes en employant des femmes issues de la caste dite des Intouchables, le dernier échelon du système.

"Le fait que nous les employions a changé la vie de ces femmes"

"Ces femmes nettoient les égouts et les toilettes publiques à la main. Leur groupe est victime de très fores discriminations", explique Meleah Moore. "En les employant, nous essayons de contribuer à un difficile processus pour changer les mentalités en Inde. Le fait que nous les employions a changé la vie de ces femmes : nous leur avons ouvert des comptes en banque, nous essayons de les rendre moins dépendantes de leurs maris. Nous employons 120 femmes pour le moment, ce qui a un impact sur 1 260 familles, et a permis d'envoyer 50 enfants à l'école."

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Une femme employée par HelpUsGreen.
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"Nous collectons les fleurs, les envoyons dans notre usine, où les femmes les trient par variétés, et les nettoient. Ensuite, nous avons différents processus selon ce que nous voulons faire comme produit. Pour créer un biofertilisant, nous compostons des fleurs en utilisant le procédé du vermicompostage : des vers de terres mangent les fleurs et leurs excréments servent d'engrais naturel. Si nous voulons fabriquer de l'encens, les fleurs sont séchées et mises dans une sorte de farine, que nous mélangeons ensuite avec des additifs comme des feuilles de maïs, et roulons ensuite le tout pour faire de l'encens."

"Nous avons de bons rapports avec les temples avec lesquels nous travaillons. Les gens se font à l'idée de déposer leurs fleurs dans les poubelles spécifiques, plutôt que dans l'eau. Je ne dis pas qu'ils ne jetteront plus jamais de fleurs dans le Gange, mais il y a un vrai progrès. Le biofertilisant peut être utilisé pour cultiver d'autres fleurs, ou de l'encens, ce qui fait que les fleurs recyclées retournent dans le processus sacré."

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Les containers dans lesquelles les fleurs collectées sont stockées.
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Une travailleuse roule un bâton d'encens.
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Des femmes trient des fleurs.
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Le programme de Help Us Green permet en moyenne d'éviter le déversement de 44 kilos de fleurs par jour dans le Gange. L'entreprise compte ouvrir un nouveau centre de traitement et veut pouvoir employer jusqu'à 2 100 femmes d'ici à 2019.

– Cet article, rédigé en collaboration avec Catherine Bennett, a été publié initialement sur le site des Observateurs de France 24.

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