L'organisation de Julian Assange et le fils du président des États-Unis ont échangé des informations et fomenté quelques coups de communication durant la campagne présidentielle américaine, révèle The Atlantic.

Donald Trump Junior, le fils aîné de l’actuel président des États-Unis, a été en communication directe avec l’organisation WikiLeaks dans les dernières semaines de la campagne présidentielle américaine de 2016.

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C’est le magazine The Atlantic qui a révélé ces échanges, lundi 13 novembre, dans ce qui semble être un leak de l’enquête menée par le Congrès américain sur les rapports entre l’équipe Trump et la Russie durant cette même campagne.

Dans la foulée de la publication de l’article, les captures d’écran de la discussion ont été publiées par Donald Trump Jr. lui-même sur son compte Twitter, accompagnées d’un message cherchant à relativiser l’importance de ces échanges. Ce dernier n’a en effet répondu qu’a trois reprises aux sollicitations de WikiLekas à propos de la campagne et l’ensemble de la discussion a eu lieu entre le 20 septembre et le 12 octobre 2016.

WikiLeaks, expert en manipulation

Néanmoins, même si la quantité des échanges est limitée, le contenu des messages reste assez instructif. D’abord parce qu’ils ont été envoyés à un moment particulièrement sensible de la campagne, quelques semaines à peine avant les votes. Ensuite, parce qu’à ce moment précis, WikiLeaks venait de publier les e-mails de hauts responsables du parti Démocrate.  

Ces fuites d’e-mails, nommées "DNC e-mails hacks" avaient causé un scandale retentissant au sein du parti d’Hillary Clinton. Ce qui avait évidemment réjoui Donald Trump sur Twitter, qui n’avait pas hésité à s’exclamer "J’adore Wikileaks !" sur le réseau social. C’est d’ailleurs ainsi que WikiLeaks débute son deuxième message au fils Trump : "Hey Donald, content de voir que vous et votre père parlez de nos publications", écrit le compte de WikiLeaks. "On recommande fortement que votre père tweet ce lien s’il nous mentionne. Il y a beaucoup de très bonnes histoires que la presse loupe et nous sommes sûrs que certains de vos supporters vont trouver." Et Donald Trump Jr. a bel et bien tweeté ledit lien, un site sur les "DNC e-mails hacks", quelques jours plus tard.

Dans un autre message, WikiLeaks formule une demande quelque peu non conventionnelle à son interlocuteur. Le site souhaite que celui-ci fasse fuiter les déclarations d’impôts du candidat républicain, qui avait refusé de les communiquer. Selon l’organisation de Julian Assange, cela permettrait aux deux parties de gagner en crédibilité et de couper l’herbe sous le pied aux médias comme le New York Times. Donald Trump Jr. n’a pas répondu et n’a pas non plus fait fuiter les déclarations d’impôts.

Tout pour sortir de l’ambassade

Il est vrai que le fils aîné de Donald Trump n’a pas répondu à toutes les requêtes de l’organisation. Mais, durant cette période, il a partagé plusieurs des liens envoyés par WikiLeaks. Le ton que ces derniers emploient dans les messagers ("Hiya", "You guys") est aussi perturbant, parce qu’il laisse voir une trop grande familiarité.

Même Donald Trump a, semble-t-il, été impacté par ces échanges.  Seulement 15 minutes après la réception d’un message de WikiLeaks par son fils, il avait tweeté sur "les informations incroyables fournies par WikiLeaks".

Enfin, The Atlantic révèle que le site de Julian Assange avait demandé à Donald Trump Jr. que son père refuse le résultat de l’élection en cas de défaite. Et, en cas de victoire des Républicains, proposait même que Donald Trump nomme Julian Assange comme ambassadeur des États-Unis en Australie. "Bien sûr l’Australie ne l'acceptera pas", assurent-ils, "mais cela enverra le bon signa" au pays natif d’Assange, mais aussi au Royaume-Uni où celui-ci est enfermé à l’ambassade de l’Équateur depuis plus de cinq ans.

Il y a quelques mois, Donald Trump Jr. avait déjà été contraint de reconnaître avoir rencontré une avocate russe disposant d’informations sur Hillary Clinton en juin 2016. Il est également assez proche des suprémacistes blanc américains et il est parfois érigé en modèle de la fachosphère améraine. On se demande s'il n'assume pas le mauvais rôle que son père ne peut endosser au vu de sa position, afin de draguer un certain électorat. Quoi qu'il en soit, ces nouvelles révélations montrent clairement le rôle d’ambassadeur de l’ombre du fils de Donald Trump.

Mais surtout, elles mettent en lumière les pratiques embarrassantes de WikiLeaks. Le site semble prêt à tout pour faire tomber les ennemis de Julian Assange – au premier rang desquels figure Hillary Clinton – et à le faire sortir de sa "prison" britannique. Julian Assange a d'ailleurs répondu assez tardivement à l'affaire. Pour le moment, il "ne confirme pas" les échanges, critiquant la manière dont The Atlantic présente les faits.

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