Le salon du "Made in France" regroupait ce week-end, à Paris, près de 450 exposants. Parmi eux, de jeunes entrepreneurs exaltés par le défi d’une production exclusivement hexagonale. Pourquoi ont-ils décidé de se lancer ? Rencontres.

In’bô, c’est un peu la jeune entreprise modèle dans l’univers du "Made in France". Dans le salon dédié à la production hexagonale qui réunissait ce week-end 450 exposants au parc des expositions de Versailles, à Paris, on remarque vite leur chaleureux stand en bois clair, idéalement situé dans un angle d’allées centrales. Cette marque, qui signifie "le bois" en vosgiens, a été créée par cinq jeunes ingénieurs diplômés en 2013 de l’école nationale supérieure des technologies et industries en bois d’Épinal (Enstib).

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Incubée pendant trois ans au sein de Pacelor, une couveuse d’entreprises basée en Lorraine, leur société s’est lancée dans la production et la commercialisation de skateboards, de vélos, et surtout de lunettes en bois, avec le soutien du Pôle d’excellence rurale Terres de Hêtre (un syndicat mixte du Pays d’Épinal qui valorise la filière bois-feuillus) et d’une opération de crowdfunding. Aujourd’hui, les lunettes, vendues entre 210 et 300 euros, représentent 80 % de leur chiffre d’affaires. Ils prévoient d’en écouler 4 500 à fin 2017, contre 1 700 en 2015 ; et ce, grâce à leur site marchand et avec l’appui d’un vaste réseau de 350 opticiens en France. Un peu plus d’un an après avoir déposé les statuts de SARL, In’bô a déjà embauché quatre personnes en production et deux personnes en vente. Une fulgurante réussite…bleu-blanc-bois.

Le "Made in France" s’est imposé à eux. "Nous avions, dans les Vosges, toutes les ressources à disposition pour nous lancer. C'était logique, mais c’est vrai qu’aujourd’hui, cela fait partie de notre stratégie marketing", explique un de ses fondateurs, Aurèle Charlet. La mention "Fait main dans les Vosges" apparaît sur tous leurs produits et contribue à séduire des clients à la recherche d’un savoir-faire et d’une qualité inédits. Les jeunes entrepreneurs, en revanche, n’ont pas souhaité obtenir le label "Origine France garanti", jugé trop coûteux et pas forcément indispensable à leur réussite.

Tout comme certaines aides auxquelles ils pourraient prétendre. "Pour être honnêtes, nous avons beaucoup de choses à faire, nous n’avons pas forcément le temps de nous pencher là-dessus, car ces aides, il faut les chercher, elles ne sont pas évidentes à trouver. Mais avec de la volonté et de la motivation, on peut y arriver sans", affirme Aurèle Charlet. Et de la volonté et de la motivation, les dirigeants d’In’bô n’en manquent pas. Ils visent d’ici à 2020 l’embauche de quinze personnes et la réalisation d’un chiffre d’affaire d’1,3 millions d’euros.

"Nous avons avancé la tête baissé"

Autre marque récemment créée par un groupe de copains, cultivant, tout comme In’bô, le besoin de valoriser et de moderniser les ressources naturelles régionales, voici "Saveurs des sucs". Quatre Auvergnats, pas encore 30 ans, se sont lancés il y a moins de deux ans sur le marché de la liqueur artisanale qu’ils produisent dans la ville d’Yssingeaux, en Haute-Loire. Ils écument depuis les salons pour faire découvrir leurs produits. "Au départ, nous avons avancé tête baissée", se souvient l'un de ses créateurs interrogé entre deux services de petits verres de liqueur à des visiteurs du salon curieux de ces breuvages "de grand-mère". Un apport personnel de 40 000 euros, ainsi que des aides des collectivités territoriales et locales leur ont permis d’amorcer ce projet un peu fou.

"Au départ, ces aides sont nécessaires pour se développer, mais notre but est de vivre de notre activité, pas des aides qui sont par ailleurs ponctuelles", assure Benoît Court qui estime que le parcours de création d’entreprise n'a pas été si périlleux qu’on le dit. Deux des amis se consacrent désormais entièrement à l’entreprise, tandis qu’un autre y évolue à mi-temps (au lancement de la société ils étaient respectivement urbaniste, chargé d’affaire, architecte et acheteur). Ils vendent leurs bouteilles via leur site marchand, mais aussi dans les bars, les brasseries et les épiceries fines de Haute-Loire et du département voisin de la Loire. Ils ne regrettent pas de s’être lancés dans la cuve du "made in France".

À l’assaut du marché américain et chinois

Les spiritueux, c’est aussi le créneau de Bastien Guillebastre et de son acolyte Fabien Munozo, lauréats cette année du prestigieux concours Lépine pour leur étonnante invention d’un sommelier virtuel. Ils ont conçu un testeur, entièrement fabriqué en France, à immerger dans le verre de vin. Connecté à une application mobile, il permet de caractériser objectivement le style du vin (puissance, tanins, vivacité). Ingénieurs de formation, ils ont quitté leur "boîte en difficulté" pour lancer "MyOeno", dont le lancement auprès du grand public, coïncidait avec les dates du salon.

"Le Made in France est un élément rassurant sur le marché chinois. La qualité française est très reconnue"

Pour se développer, ils misent sur l’international, en particulier sur le marché nord-américain, friand de vins, mais peu connaisseur de ses subtilités. Eux aussi sont passés par une campagne de financement participatif qui leur a rapporté 16 000 euros. Ils ont aussi été soutenus par la banque publique d’investissement (BPI) et le seront peut-être bientôt par le géant du luxe LVMH. "On est en discussion", précise Bastien Guillebastre. Ce rapprochement pourrait bien leur ouvrir, plus rapidement qu’espéré, les portes des États-Unis.

Le petit stand de Smeal n’a pas désempli ce week-end. Beaucoup de curieux ont souhaité goûter aux recettes de "meal-shakes vitaminés et complets". Une innovation culinaire que l’on doit à deux ingénieurs, Antoine Boillet et son associée, Sijia Wang, formés à l’UTC de Compiègne, près de Paris. L’idée est née en septembre 2015 d’un constat simple et souvent partagé : "le besoin de manger sainement malgré une vie active". Quelques mois plus tard, Smeal voyait le jour. Début 2016, les associés rejoignent la plateforme "science des aliments" au Centre d’Innovation de l’UTC et sont épaulés par des ingénieurs agronomes et de nutritionnistes pour mettre au point leur poudre alimentaire à hydrater et à boire.

"Au départ, cela n’a pas été simple de convaincre les investisseurs, surtout dans le domaine de l’innovation alimentaire. Nous avons donc décidé de lancer notre produit en France très rapidement, dès septembre 2016, afin qu’ils puissent juger sur pièce", explique Antoine Boillet. Et ce n’est qu’un début. "Mon associé étant Chinoise, nous sommes naturellement tournés vers ce marché". Ils y ont déjà écoulé, via un réseau de distributeurs, 90 000 sachets de leur "meal-shakes". "Le Made in France est un élément rassurant sur le marché chinois. La qualité française est très reconnue", assure Antoine Boillet. Les deux partenaires comptent poursuivre leur développement dans ce pays, première puissance industrielle au monde.

– Article initialement publié sur le site de France 24.

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