L'humanité produit aujourd'hui assez de nourriture pour répondre aux besoins de la Terre entière. Un tiers des denrées part à la poubelle et pourtant des hommes meurent encore de faim. Alors, comment faire pour mieux nourrir la planète sans l'altérer ?

BRUXELLES, Belgique. – Une assiette remplie de ténébrions, des coléoptères élevés en France par Micronutis, première entreprise hexagonale à avoir produit des insectes comestibles issus de l'agriculture biologique. Une autre, pleine d'algues ottogi, délicieuses lorsqu'agrémentées de menthe et d'estragon. Nous sommes au déjeuner du futur de Transvision, le colloque international qui réunit des spécialistes du transhumanisme, du 9 au 11 novembre, à Bruxelles.

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Pour les transhumanistes, ces chercheurs, philosophes et scientifiques convaincus que les technologies portent en elles la promesse d'améliorer la condition humaine, se nourrir ne doit pas être simplement mû par la recherche de plaisir. Acte banal et quotidien au demeurant, l'alimentation est un véritable levier de bien être pour l'homme, mais aussi un moyen de rééquilibrer le monde dans lequel nous vivons. Dans la pensée transhumaniste, il est notamment estimé que manger jusqu'à devoir s'en desserrer la ceinture n'est bénéfique pour personne : ni pour l'organisme gavé, ni pour la planète. Inversement, une bonne connaissance de ce que chaque ingrédient renferme de nutriment est bien plus saine. 

Des aliments "utiles" pour "augmenter l'Homme"

Dans l'ouvrage de Ray Kurzweil et Terry Grossman, "Live long enough to live forever" ("Serons-nous immortels ?" en français), véritable bible de nombreux citoyens au mode de vie transhumaniste, des secrets de longévité basés sur des études scientifiques sont égrenés. Que faut-il manger pour éviter d'avoir les artères bouchées ? Que privilégier pour endiguer les risques de cancer ? Derrière ces recommandations se dessine la conviction commune aux différents courants de pensée transhumanistes : les avancées scientifiques permettent aujourd'hui aux hommes de s'augmenter significativement en améliorant leur existence. 

"Le chocolat est un anti-inflammatoire, c’est très bon pour vous"

"Je contemple la petite table dressée avec un service en porcelaine blanche et des serviettes en papier. Il y a un bol de cerises. Une assiette de saumon fumé et de maquereau. Six morceaux de chocolat noir. Un carton de lait de soja West Soy, une pile de sachets d’édulcorant à la stevia et un bol de porridge épais et tiède, auquel je toucherai à peine", raconte un journaliste du Financial Times, qui a partagé un petit déjeuner avec Ray Kurzweil, à l'occasion d'un article publié en 2013. Il rapporte les propos du pape du transhumanisme : "Le chocolat est un anti-inflammatoire, c’est très bon pour vous. C’est du chocolat très noir, au café. Des fruits rouges, du lait au soja sans sucre. Du poisson et du thé vert”. L'homme ne mange presque jamais de viande. "Il est très poisson et donne la priorité aux bons glucides et aux graisses saines", et par bons glucides, il entend "un peu de fruits qui sont des baies, de l’avoine, des légumes".

Même son de cloche chez David Peace, philosophe transhumaniste qui a adopté une alimentation végane, qu'il complète avec le recours quotidien à des cachets lui permettant d'augmenter ses capacités cognitives. "Je n'en prends pas tant que ça parce que la littérature autour des effets secondaires liés aux cocktails créés est encore faible. Mais je dois dire que ce que je prends me fait beaucoup de bien", explique à Mashable FR celui pour qui l'alimentation, parce qu'elle est constitutive des performances journalières de tout organisme, ne doit pas être laissée au hasard. La logique fait penser au néologisme "alicament", ces ingrédients santé dont le terme est tiré de la contraction des mots "aliment" et "médicament", pour désigner les aliments fonctionnels.

Le Soylent, aliment controversé

N'ingurgiter que ce qui nous fait du bien, voilà ici résumée la philosophie intestinale du transhumanisme. Grâce à leurs teneurs en oligoéléments, les algues sont des superaliments très souvent envisagés. Pareil pour les insectes, dont la consommation est une étrangeté dans la culture européenne, mais qui se révèle être la norme dans de nombreuses régions du monde où elle est une alternative durable à l'industrie de la viande.

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Soylent

Enfin et surtout, le produit le plus souvent associé à l'alimentation transhumaniste est bien entendu le Soylent, ce produit nutritionnel élaboré pour couvrir l'entièreté des besoins nutritionnels de l'homme. Créé par le développeur informatique Rob Rhinehart, cette boisson est supposée libérer le consommateur de la contrainte de se nourrir. Fabriqué à partir d'OGM comme l'affiche fièrement le site, le Soylent est notamment critiqué pour sa négation de la fonction sociale du repas. Mais tous augmentés, aurons-nous encore besoin de partager un dîner pour échanger ? Cela, les transhumanistes qui misent sur les nouvelles technologies pour nous connecter, se permettent sérieusement d'en douter.

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