Lundi, le prix Goncourt a été décerné à Éric Vuillard pour "L'ordre du jour", tandis que le Renaudot a récompensé Olivier Guez pour "La Disparition de Josef Mengele". Deux romans sur la Seconde Guerre mondiale que France 24 avait chroniqué.

"L'ordre du jour", d'Éric Vuillard (Actes Sud)

Le prix Goncourt a été attribué à Éric Vuillard, lundi 6 novembre. L'écrivain a choisi d’observer l’avant-guerre dans un roman condensé de 150 pages. Dans "L'ordre du jour", il décrit les arrangements et les diktats qui ont mené au grand affrontement mondial. Le livre débute le 20 février 1933. Vingt-quatre des plus grands chefs d’entreprises allemands sont reçus par Herman Goering et Adolf Hitler, tout récent chancelier. "Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée, mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants", écrit Éric Vuillard. Sans broncher, ces hommes acquiescent, participent au financement du parti nazi et entraînent déjà leur pays dans un terrible engrenage.

En spectateur très attentif, l’écrivain décrit aussi la mécanique implacable qui mène à l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche, en 1938. Il nous convie à la rencontre entre Hitler et le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg ou à la table d’un dîner mondain entre le Premier ministre britannique Neville Chamberlain et le diplomate allemand Joachim von Ribbentrop. Le style est précis, mais les détails se révèlent trop denses. À mi-chemin entre roman et livre historique, le récit d’Éric Vuillard peine à captiver entièrement le lecteur.

"La Disparition de Josef Mengele", d'Olivier Guez (Grasset)

Ce roman de l'horreur a remporté le prix Renaudot. Pendant trois ans, le journaliste et romancier Olivier Guez a suivi l’ombre sinistre de "l’ange de la mort". "La Disparition de Josef Mengele" raconte de façon romancée, mais très documentée, la cavale pathétique de ce médecin SS devenu le bourreau des déportés d’Auschwitz. Après guerre, ce criminel de la pire espèce réussit à passer entre les mailles du filet. En 1949, il se réfugie en Amérique du Sud, où il coule des jours heureux et tranquilles dans l’Argentine de Perón, jusqu’au jour où la traque des nazis s’emballe enfin. Devenu la cible du Mossad, Josef Mengele erre du Paraguay au Brésil dans les années 60 et 70. Chassé, il sombre dans l’angoisse et la persécution, mais jamais dans la culpabilité.

Olivier Guez raconte la longue agonie d’un homme imbu de lui-même, fasciné par Hitler, convaincu d’avoir rempli sa mission en ordonnant d’effrayantes expérimentations médicales sur ses proies à Auschwitz. À distance, sans affect particulier, l’écrivain dépeint un monstre froid qui batifole avec son épouse à quelques mètres de cette industrie de la mort : "Les chambres à gaz tournaient à plein régime ; Irene et Josef se baignaient dans la Sola. Les SS brûlaient des hommes, des femmes et des enfants vivants dans des fosses ; Irene et Josef ramassaient des myrtilles dont elle faisait des confitures. Les flammes jaillissaient des crématoires ; Irene suçait Josef et Josef prenait Irene. Plus de trois-cent-vingt-mille juifs hongrois furent exterminés en moins de huit semaines".

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