Les "Paradise Papers", série de révélations sur des montages d'optimisation fiscale dont la parution a débuté dimanche 5 novembre, avaient été fuités sur le site communautaire par un prétendu journaliste quinze jours avant leur publication.

Le 5 novembre à 19 heures (heure de Paris), de nouvelles révélations sur l’évasion fiscale à l’échelle mondiale nous ont sortis de notre somnolence dominicale. Dévoilées par l’ICIJ, le consortium international des journalistes d’investigation, en partenariat avec 95 médias, dont Le Monde, le Süddeutsche Zeitung, le Guardian et le New York Times, celles-ci s’appuient sur 13,4 millions de documents, dont une grande partie issue d’une fuite massive de données en provenance d’un cabinet d’avocats basé aux Bermudes, Appleby.

VOIR AUSSI : Une partie des "Panama Papers" mise en ligne pour obtenir l'aide du public

Pourtant, 16 jours avant la publication coordonnée de cette enquête de longue haleine, un mystérieux post sur Reddit, titré "N’abandonnez-pas. Le plus gros est à venir", y a clairement fait référence.

Voici la traduction complète du message : "Je ne peux pas donner beaucoup d’informations, mais je vous encourage tous à garder les yeux bien ouverts. Il a de nouvelles et de plus importantes fuites à venir qui concernent les ultra-riches et des membres parmi les plus haut-placés dans les gouvernements de différents pays développés à travers le monde, y compris les États-Unis. Paradis."

"Faites une capture d’écran de ce post et revenez quand [vous verrez] que j’aurai raison"

L’auteur de cette annonce pour le moins cryptique, postée sur le subreddit consacré aux r/PanamaPapers, a créé son compte-utilisateur, PanPthrowaway, le jour-même de sa publication. Au cours des heures suivantes, il apporté en commentaires des précisions à son message : "Je dois ajouter une chose – ce prochain leak impliquera des membres éminents de l’administration Trump, bien que je ne sache pas quand tout ceci sera publié." Et de poursuivre : "Je vais vous donner un indice en gage de mon authenticité. Dans deux semaines environ, vous aurez connaissance d’éléments compromettants concernant Wilbur Ross (sans rapport avec Paradise). Faites une capture d’écran de ce post et revenez quand [vous verrez] que j’aurai raison."

Compte tenu de la mention sans équivoque de certains éléments de l'enquête (notamment les noms de Ross et Kuchner), il est difficile d'y voir là un quelconque hoax. L’homme ou la femme derrière ces messages assure toutefois plus loin "n’être pas personnellement impliqué(e) dans l’enquête".

"Est-ce que j'ai votre attention maintenant ?"

Dans la soirée de dimanche à lundi, soit quelques heures après la publication des "Paradise Leaks", PanPthrowaway a pourtant publié un nouveau post, intitulé "Est-ce que j’ai votre attention maintenant ?" Il ou elle y explique notamment pourquoi avoir dévoilé sur Reddit la parution à venir de l’investigation : "Il me semblait que c’était une bonne occasion de redonner espoir à tous ceux qui s’intéressaient à ce sujet. Quelle est mon implication dans Paradise ? Pas énorme, mais je dirai que je suis dans une position qui m’a permis d’en avoir connaissance avant sa sortie." Dans son dernier post en date, il ou elle affirme finalement être journaliste.

Difficile de trouver un réel intérêt, si ce n’est un peu de notoriété en ligne, à la démarche de cette personne vraisemblablement mise dans le secret de l’enquête. D’autant que de telles "fuites avant la fuite" auraient pu mettre en péril le travail colossal et très confidentiel de journalistes. Certains utilisateurs n’hésitent d’ailleurs pas à faire cette remarque.

Ce que nous apprennent les "Paradise Papers"

Dix-huit mois après les "Panama Papers", les "Paradise Papers" nous apprennent ainsi comment le ministre américain au Commerce, Wilbur Ross, est l’actionnaire majoritaire d’une société offshore de fret maritime qui fait de juteuses affaires avec des proches de Vladimir Poutine ; que les deniers de la Reine d’Angleterre, en l’occurrence plus de 10 millions de livres, auraient été placés aux îles Caïmans ; que l’un des plus proches amis de Justin Trudeau, ennemi déclaré des paradis fiscaux, a placé 60 millions de dollars dans une société offshore ; ou encore que Facebook et Twitter ont reçu des investissement de sociétés russe liées au Kremlin.

D’autres protagonistes devraient intervenir dans les jours dans de prochains articles : le co-fondateur de Microsoft Paul Allen, le fondateur d’eBay Pierre Omidyar, les entreprises Apple, Nike ou encore Uber, mais aussi les chanteurs Madonna et Bono. Que du beau monde.

Si ces "Paradise Papers" ne devraient malgré tout pas avoir la même portée que les "Panama Papers", ceux-ci mettant essentiellement en lumière des pratiques à la limite de l’illégalité mais toujours rendues possibles par des failles réglementaires, ils nous rappellent toutefois à quel point notre système financier est gangréné par la fraude fiscale, dont les méthodes sont sans cesse renouvelées.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.