Une centaine de femmes, parmi lesquelles des écrivaines, des cinéastes et des journalistes, ont lancé un appel à Emmanuel Macron pour mettre en place un plan d'urgence contre les agressions sexuelles, dans une lettre publiée dimanche dans le JDD.

Elles ne réclament plus, elles exigent. Dans une tribune publiée dimanche 5 novembre dans le Journal du Dimanche, une centaine de femmes, parmi lesquelles des comédiennes, cinéastes, écrivaines, journalistes, ont interpellé le président français, Emmanuel Macron, au sujet des violences sexuelles faites aux femmes.

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"Monsieur le président, nous savons votre agenda chargé. Vous n’avez pourtant pas pu passer à côté", commence la lettre faisant allusion  aux témoignages qui ont afflué sur les réseaux sociaux depuis la révélation du scandale Weinstein aux États-Unis pour dénoncer le harcèlement sexuel sous les mots-clés "#MeToo" (moi aussi) et "#Balancetonporc".

Les auteures de la missive disent avoir été, "comme tant d'autres, harcelées, agressées ou violées" et avoir subi le "déni" de leurs entourages, "l'absence de prise au sérieux par les services de l'État" et demandent un plan d’urgence, "maintenant".

"Et maintenant, on fait quoi ?"

Zabou Breitman, Agnès Jaoui, Florence Foresti et Alexandra Lamy ou l'écrivaine Marie Darrieussecq, entre autres personnalités de la société civile, exhortent donc le chef de l’État à prendre cinq grandes mesures d’urgence : le doublement des subventions aux associations d’aide aux victimes, l'instauration de formations obligatoires destinées aux professionnels en contact avec des femmes victimes ainsi qu'aux cadres et salariés des entreprises, la création au collège d'un "brevet de la non-violence", le lancement d’une vaste campagne nationale de prévention.

L’initiative est partie de quatre femmes : Caroline de Haas, Clara Gonzales, Giulia Foïs et Marie Cervetti. "Après le scandale Weinstein, le sujet est devenu central : dans la rue, au travail, entre amis tout le monde en parle. Et beaucoup se demandaient ‘et maintenant, on fait quoi ?’ On s’est donc réunies toutes les quatre pour voir ce que l’on pouvait faire", raconte Clara Gonzales, la communicatrice de l’appel, contactée par France 24." Lors de cette rencontre, on s’est dit que l’on ne voulait pas, dans 20 ans, être encore invitées sur les plateaux de télévision pour dire les mêmes choses et qu’il était temps d’agir", poursuit la féministe.

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"Plan d’attaque", "grave crise", "plan d’urgence", le ton de la lettre est offensif. "Il l'est beaucoup moins que la réalité, réfute la militante : quel autre phénomène provoque la mort de 130 femmes par an, tuées par les coups de leur compagnon ou ex-compagnon ? Chaque année, 273 femmes sont victimes de viols ou de tentatives de viol. Cette réalité est la preuve qu’il y a bien une crise aujourd’hui."

Dimension politique

Aucun nom de femme politique parmi les signataires. Un choix délibéré des instigatrices du projet. "Il s’agit d’un message, porté par la société civile au monde politique, qui dépasse les clivages gauche-droite. Si notre appel se veut transpartisan, il reste éminemment politique", poursuit Clara Gonzales.

Les signataires sont en effet convaincues que le changement ne s’opérera qu’avec une volonté politique claire. "Les gouvernements n’ont jamais rien fait dans ce domaine. Et c’est toujours le cas : le secrétariat d’État chargé de l’Égalité des hommes et des femmes est le plus petit budget du gouvernement. Aujourd’hui, nous nous adressons directement au chef de l’État car lui seul a le pouvoir de mettre l’argent nécessaire pour faire changer les choses."

Le message est empreint de colère mais aussi d’espoir. "La puissance politique a déjà réussi par le passé à changer des mentalités et des comportements qui nous semblaient inamovibles tellement ils étaient ancrés dans nos habitudes", écrivent les signataires prenant en exemple la sécurité routière, qui a diminué par quatre en 30 ans, et le recyclage du papier encore impensable il y a 20 ans.

L’appel, qui s’accompagne d’une pétition en ligne sur la plateforme Change.org, semble avoir été entendu. En quelques heures, elle a recueilli plus de 21 000 signatures.

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