La COP23, qui s'ouvre en Allemagne lundi 6 novembre, est présidée pour la première fois par une nation très en proie au changement climatique : les îles Fidji. Mais impossible pour ce petit État insulaire d'accueillir les délégations internationales.

La 23e édition de la conférence des parties de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, plus connue sous l’acronyme COP, se tient du 6 au 17 novembre 2017 à Bonn, en Allemagne. Mais ce sont en fait les îles Fidji qui président l’événement, dont le grand enjeu cette année est de s'accorder sur des mesures concrètes de mise en œuvre de l’accord de Paris pour le climat signé en 2015. Explications.

  • Quel est le problème pour les Fidji ?

Pour la première fois, une COP est présidée par un petit pays insulaire : les Fidji. Une belle reconnaissance pour cet archipel du Pacifique qui subit déjà de plein fouet les affres du changement climatique (catastrophes naturelles, montée du niveau des eaux, réchauffement de la température de l’océan...).

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Cependant, parvenir à faire déplacer des milliers de participants au milieu de l’océan et sur le dernier fuseau horaire de la planète n’est pas aisé. Mais aussi et surtout : le fardeau d’une COP n’est pas anodin et les Fidji n’ont ni l'enveloppe budgétaire suffisante, ni les structures d'accueil nécessaires pour accueillir un tel événement.

Une COP coûte des dizaines de millions. À Copenhague en 2009, le Danemark y a consacré 250 millions de dollars, soit 182 millions d’euros. Quelque 27 000 personnes avaient fait le déplacement. Pour la COP21 , la France a déboursé 170 millions d’euros pour accueillir ses 40 000 participants. Bureau de poste, banque, restaurants, sécurité... C'est une vraie petite ville qu'il a fallu concevoir sur le site de Paris-Le Bourget. Les retombées économiques ont été estimées à 100 millions d’euros pour l'Île-de-France.

"Organiser une COP coûte beaucoup d’argent et les dépenses de la COP23 seront rendues publiques après le sommet", expliquent les organisateurs. "Cette année, des restrictions ont été imposées à cause de l’espace limité du site de Bonn. Entre 20 000 et 25 000 personnes sont attendues."

  • Quel rôle vont jouer les Fidji ? Que doit-on attendre de cette COP ?

Deux ans après la signature de l’accord de Paris lors de la COP21, le principal enjeu de la COP23 est, pour les signataires, de se mettre d’accord sur les mesures de concrétisation des engagements pris en 2015. Le texte devra ensuite être finalisé et approuvé lors de la COP24 en Pologne, en 2018.

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S’il s’agit d’une COP essentiellement technique, les Fidji comptent également attirer l’attention sur la menace qui pèse sur les habitants du Pacifique, et particulièrement les îles Kiribati, Tuvalu et Marshall, qui pourraient être rayées de la carte dans les années à venir. "Nous, qui sommes les plus vulnérables, devons être entendus. Que nous venions d’une petite île du Pacifique ou d’une grande ville développée menacée comme Miami, New York, Venise ou Rotterdam, nous devons parler d’une seule voix car le changement climatique finira par tous nous affecter", a déclaré Frank Bainimarama, Premier ministre fidjien et président de la COP23.

Il sera également question de finances pour combattre le changement climatique. "Avec le retrait des États-Unis de l’accord de Paris, c’est un gros contributeur financier qui va manquer", souligne Rixa Schwarz, directrice des politiques climatiques pour l’ONG Germanwatch à Bonn. "Il faut progresser sur ce front pendant la COP23 afin d’arriver aux 100 milliards de dollars annuels promis d’ici 2020 par les pays développés à ceux en développement", a renchéri Frank Bainimarama lors de son discours de clôture de la pré-COP, le 18 octobre.

  • Pourquoi Bonn ?

Les Nations unies choisissent en interne chaque année qui sera l’hôte de la COP. Selon un principe de rotation, c’était au tour d’un pays de la région Asie et Pacifique d’être choisi pour organiser la conférence. Les Fidji ne pouvant pas assumer la logistique, Bonn a été désignée automatiquement car il s’agit du siège du bureau de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC, ou UNFCCC en anglais) dont dépend la COP.

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Ce n’est pas la première fois que Bonn est nommée ville-hôte : les COP5 (1999) et COP6-2 (2001) s’y étaient tenues. La toute première COP en 1995 avait, elle, été organisée dans la capitale allemande, Berlin.

"L'Allemagne et Bonn veulent profiter de la COP23 pour démontrer qu’il s’agit d’un lieu très onusien. Une vingtaine d'institutions des Nations unies sont implantées à Bonn et emploient près de 1 000 personnes”, indique l’équipe d’organisation de la COP23.

  • Quelles conséquences politiques en Allemagne à l'heure où Merkel tente de former une coalition ?

Pour l’Allemagne, l’organisation de la COP est avant tout bénéfique en termes d’image. "Le soutien de l'Allemagne aux Fidji démontrent l’engagement de notre pays envers ses objectifs climatiques", déclarait en septembre Patricia Espinosa, secrétaire générale de la CCNUCC. "Bonn est en train de devenir un véritable hub climatique mondial", ajoutait-elle. De quoi redorer l’image de cette ville de 300 000 habitants, où est implantée la plus grande mine à charbon d’Allemagne.

"La Marche pour le climat qui aura lieu en marge de la COP23 se focalisera cette année sur la sortie des énergies fossiles, justement parce que la conférence aura lieu en plein cœur d’une zone charbonnière", explique Rixa Schwarz, directrice des politiques climatiques pour l’ONG Germanwatch à Bonn.

La conférence devrait également remuer le monde politico-médiatique allemand. "Le fait que la COP ait lieu ici va permettre d’amener les questions climatiques à la table des discussions en Allemagne", poursuit-elle, alors même que le sujet était quasiment absent de la dernière campagne des législatives en septembre. Si la chancelière Angela Merkel a été réélue, elle n’a toutefois pas obtenu la majorité nécessaire pour gouverner seule et doit former une coalition avec les libéraux et les écologistes, qui militent pour une sortie du charbon. "La présence de la COP23 à Bonn pendant que la coalition se forme va permettre de mettre la pression sur les partis sur le sujet du changement climatique", se réjouit Rixa Schwarz.

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L’Allemagne s’est engagée à réduire ses émissions de CO2 de 40 % d’ici 2020. Angela Merkel a promis pendant sa campagne de s'y tenir. Troisième plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre après la Chine et les États-Unis, l’Union européenne, quant à elle, s'est engagée à réduire ses émissions de 40 % à l’horizon 2030 par rapport à leur niveau de 1990 (pour l’industrie) et de 30 % sous les niveaux de 2005 pour les secteurs des transports, de l’agriculture, du bâtiment et de la gestion des déchets.

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