Exploitations viticoles ravagées par les flammes, productions à l'arrêt, les incendies en Californie menacent l'une des fiertés économiques de la région : les vins fins.

Un coup dur économique en rouge et blanc. Les incendies qui font rage en Californie menacent de porter un sérieux coup à l’un des fleurons économiques de la région : les vins de luxe. Plusieurs exploitations viticoles ont été réduites en cendre dans les célèbres vallées de Napa et Sonoma, où est produit le nec plus ultra des vins rouges et blancs américains. D’autres ont été épargnées, mais la destruction de nombreuses infrastructures, due aux incendies qui ont débuté dimanche 9 octobre, menace leur bon fonctionnement et l’emploi de milliers de personnes.

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Au moins quatre établissements viticoles ont été entièrement dévastés par les flammes, a compté le New York Times, mardi 11 octobre. Mais ce bilan pourrait s’alourdir alors que les incendies continuent à faire rage dans la région.

Paradise Ridge, un vignoble qui allait fêter l’an prochain ses quarante ans d’existence, a ainsi posté sur Facebook des photos des ravages qui l’ont obligé à fermer. White Rock Vineyards, une exploitation qui s’était installée dans la vallée de Napa en 1870, a connu le même sort.

Goût de cendrier

"Nous sommes tous en état de choc et essayons d'aider aux mieux nos voisins et collègues viticulteurs", a réagi Heid Soldinger, porte-parole de l’association des viticulteurs de la Napa Valley, interrogé par Bloomberg.

Les raisins qui attendent encore d'être cueillis ne finiront probablement pas en bouteille

Dans leur malheur, les exploitants ont eu un peu de chance : plus de 80 % de la récolte pour cette année avait déjà eu lieu. Frappés par une forte vague de chaleur cette année, les viticulteurs californiens avaient accéléré la cadence depuis plus d’un mois pour éviter que la qualité de la vigne soit altérée.

Les raisins qui attendent encore d'être cueillis ne finiront probablement pas en bouteille. Les feux, même s'ils n'ont pas détruit les vignobles, affecteraient la qualité du vin car les cendres transportées par les vents vont laisser un fort goût de "feu de camp, de bacon ou encore de cendrier", précisent les ETS Laboratories, qui effectuent des analyses scientifiques pour les industriels du vin. Inbuvable ou presque, en somme.

Une catastrophe qui risque de coûter cher. Les 475 exploitations viticoles des vallées de Napa et Sonoma produisent les vins les plus précieux de la région. Même s’ils ne fournissent qu’environ 12 % de la production locale – la grande partie provient de la vallée de Joaquin adjacente –, ils sont les plus chers et les plus courus. Une tonne de raisins pour un Sauvignon de la vallée de Joaquin vaut 400 dollars, alors que le même fruit récolté dans la vallée de Napa se vend en moyenne à 7 000 dollars.

Flambée des prix ?

Ce haut lieu du luxe viticole est aussi une destination touristique des plus prisées. La région a attiré 23,6 millions de visiteurs et généré 7,2 milliards de dollars de revenus touristiques en 2016. Une popularité qui risque de pâtir des ravages causés par les incendies en cours.

"Il risque d’y avoir une disette de vins fins pendant environ sept ans"

Les amateurs de crus californiens risquent aussi de voir les prix de leurs vins préférés flamber. C’est particulièrement vrai pour les plus petites exploitations familiales qui n’auront pas d’autres moyens pour amortir les pertes. Les viticulteurs dans le giron des trois grandes groupes – E&J Gallo, Constellation Brands et The Wine Group –, qui se partagent la moitié de la production locale, ont davantage de marge de manœuvre financière.

Il est, en tout cas, trop tôt pour apprécier toute l'ampleur des conséquences pour les viticulteurs californiens. Le cru 2017 sera probablement moins touché que les suivants. En effet, "la seule chose que les exploitants peuvent faire maintenant, c’est traiter les sols et replanter des vignes", explique Christian O’Kuinghttons, un sommelier de Reno, interrogé par USA Today. Pour retrouver de vignes de la qualité de celles qui existaient, il faudra ensuite prendre son mal en patience pendant des années. "Il risque d’y avoir une disette de vins fins pendant environ sept ans", précise le sommelier américain. Au risque de faire le jeu des concurrents chiliens, australiens ou sud-africains de ces grands crus californiens.

– Article initialement publié sur le site de France 24.

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