Le village de Llivia, enclave espagnole nichée au cœur des Pyrénées-Orientales françaises, a massivement voté en faveur de l’indépendance de la Catalogne le 1er octobre. Le maire et les habitants sont plus que déterminés à obtenir gain de cause.

À Llivia, paisible enclave catalane de 1 400 âmes, située en territoire français, la rupture est consommée avec Madrid. La petite cité espagnole perdue au fin fond des Pyrénées-Orientales n’a pas échappé aux courants indépendantistes qui soufflent sur la Catalogne.

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Tout comme à Barcelone, les électeurs de la bourgade se sont donc rendus aux urnes dimanche 1er octobre. Les résultats proclamés dans la soirée n’ont souffert d’aucune ambiguïté : sur 590 votants, 561 ont voté en faveur de l’indépendance contre 19 pour le "no".

Un vote rendu possible en raison de la singularité de la ville qui remonte à plus de trois siècles. En 1660, le traité des Pyrénées détermine les nouvelles frontières du royaume de France et d’Espagne. Louis XIV obtient alors la Catalogne française (située dans les actuelles Pyrénées-Orientales) et accepte de céder la Basse-Cerdagne à l’Espagne si le royaume récupère les villages de cette même région. Llívia, qui à l'époque avait le statut de ville – et non de village – , est concédée au comte de Barcelone, constituant une enclave dont le statut est resté inchangé jusqu’à nos jours.

Une file d’attente de 200 personnes devant la mairie

Seule différence avec Barcelone, le vote s’est déroulé dans une ambiance beaucoup plus sereine. Au milieu des barbecues dressés pour l’occasion, des centaines d’habitants de ce village pro-indépendantiste se sont pressés au bureau de vote. Il y avait "deux cents personnes qui faisaient la queue pour déposer leur bulletin" au musée de la pharmacie, plus vieille officine d'Europe, avait pu constater un correspondant de l'AFP.

Une atmosphère joviale non dénuée d'une certaine détermination. Le maire, Elies Nova, figure de proue des autonomistes catalans, est tout aussi pressé d’en découdre avec le gouvernement espagnol que ses administrés. "Sans surprise, nous avons recueilli 95 % de votes pour le ‘si’, commente l’édile, interrogé par France 24. Ici aussi, à Llivia, nous souhaitons prendre la nationalité catalane pour des raisons économiques, culturelles, de langue et de sentiment d’appartenance à la Catalogne".

Les incidents survenus dimanche à Barcelone ont d’ailleurs renforcé les velléités indépendantistes du maire, alors que la sécession de la Catalogne ne saurait tarder, selon Carles Puigdemont, chef de la région. "Les violences qui se sont produites dimanche nous ont plongé 50 ans en arrière. Toute cette brutalité, c’était incroyable. Plus que jamais nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout".

Llivia, inscrite au livre Guinness des records

Les habitants de la ville catalane ne se sont d’ailleurs pas contentés de voter. Une semaine avant le référendum, ils ont constitué un immense drapeau catalan constitué de 81 000 bougies. Une initiative politique qui a valu à la ville d’être inscrite au Guinness book des records. Pour réaliser la prouesse, des habitants du village voisin de Puigcerdà sont venus prêter main forte aux résidents de la petite enclave espagnole. Ensemble, ils ont allumé une à une les bougies pour que l'Estelada, le drapeau à l’étoile, illumine la nuit.

Les communes françaises voisines ne semblent pas pour autant avoir été contaminées par cet esprit indépendantiste. "Ici, les habitants observent ce qui se passe avec beaucoup d’appréhension, il y a un vrai malaise des habitants qui sont partagés, explique Laurent Leygue, le maire d’Estavar, commune limitrophe et jumelée à Llivia. Il y a une forte appartenance à la Catalogne dans la région, mais les habitants se disent Français avant d’être Catalans." La fièvre indépendantiste de Llivia reste donc bien circonscrite.

– Article initialement publié sur le site de France 24.

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