Une vidéo tournée par un journaliste chinois le 14 septembre montre un prétendu vétérinaire en train de couper les cordes vocales de chiens, à Chengdu. Selon leurs propriétaires, les bêtes seraient trop bruyantes et insupporteraient les voisins.

Pour notre Observatrice, cette pratique barbare révèle le manque de considération pour les chiens en Chine, où la possession d’un chien est un phénomène encore récent.

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Les images du reportage, publiées dans le journal Chengdu Business Daily, sont choquantes : des chiens "opérés "la gueule grande ouverte, des cordes vocales sanguinolentes sur le bitume, des chiens inconscients allongés au sol… Selon le quotidien, c’est un homme se prétendant vétérinaire qui s’adonne à ces pratiques barbares de "dévocalisation" sur le marché Qingbaijang de Chengdu. Les images, la vidéo comme les photos, sont vite devenues virales.

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Chengdu Business Daily
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Photo montrant des bouts de cordes vocales et du coton ensanglantés sur le sol.
Chengdu Business Daily

La section des cordes vocales est une pratique risquée : l’animal peut se retrouver avec des difficultés pour respirer ou manger. Dans la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, elle est considérée comme une forme de mutilation. 

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Des chiens allongés pendant que l'effet de l'anesthésie s'estompe.
Chengdu Business Daily

Ciseaux non stérilisés

Sur les images, on peut voir le soi-disant vétérinaire pratiquer au moins six opérations. Les chiens sont allongés sur une table face à lui, anesthésiés. Son assistant utilise une corde rouge pour leur ouvrir la mâchoire, pendant que l’homme plonge des ciseaux non stérilisés, selon le reportage, au fond de la gorge des malheureux animaux pour procéder à l’ablation des cordes vocales. 

L’opération coûte entre 50 et 100 yuans (soit de 6 à 13 euros), et peut être expédiée en quelques minutes. L’homme explique au reporter, qui s’est fait passé pour un potentiel client, qu’il n’a pas de licence l’autorisant à effectuer cette opération, mais qu’il a appris la technique auprès d’autres personnes. Il dit qu’il installe son atelier chaque mercredi et samedi au même marché. Bien que la loi chinoise interdise les opérations vétérinaires en pleine rue, dans des conditions sanitaires dangereuses pour l’animal comme pour le public. La police lui a fait fermer son affaire depuis la publication du reportage.

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L'assistant injecte d'abord de l'anesthésiant au chien, lui tient la gueule ouverte pendant que l'homme procède à l'opération.
Chengdu Business Daily

Ruby Leslie, Observatrice de France 24, est dresseuse de chiens à Chengdu et a fondé Welfare for animals. Elle enseigne aux vétérinaires et aux dresseurs chinois comment manipuler les animaux sans user la force. Elle vit en Chine depuis six ans et explique que les chiens n’y bénéficient pas de la même considération qu’en Occident.

"En fait, derrière cette pratique il faut savoir qu’ici, si un chien aboie trop chez lui, les voisins peuvent appeler la police, le dénoncer, et la police peut l’embarquer. Et cela peut valoir de payer une amende pour le récupérer. Dans certaines villes de Chine ils abattent même les chiens s’ils n’ont pas été auparavant enregistrés par les autorités", explique-t-elle. Ruby Leslie poursuit : "Il y a même le risque que votre propriétaire vous mette dehors, car avoir un chien est vu comme une nuisance sonore. Certains propriétaires peuvent aussi refuser de louer un appartement à des gens qui ont un chien."

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Chengdu Business Daily

"Les gens vivent dans des zones urbaines densément peuplées et la possession d’un chien est un phénomène en croissance ici, mais pas de façon responsable. Les gens adorent les chiens, mais ne savent pas s’en occuper : certains les gardent en cage, d’autres dans une boîte, d’autres encore les laissent sur leur balcon… Bien sûr que les chiens qui aboient beaucoup posent problème. Mais le dressage et le bien-être des animaux restent des concepts assez nouveaux en Chine."

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Chengdu Business Daily

"L’opération fait du chien une bombe à retardement"

"Il n’y a pas de lois sur les bien-être animal en Chine. La population n’a pas d’éducation sur les bonnes et mauvaises pratiques avec les animaux. Beaucoup ne savent pas quoi faire quand un chien aboie, ignorent qu’on peut apprendre à un chien à être calme."

"L’ablation des cordes vocales est très dangereuse pour le chien : avant qu’un chien ne morde, il grogne. Si vous supprimez le grognement, vous créez une bombe à retardement. Vous lui enlevez la possibilité de communiquer."

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Ruby Leslie met aussi le manque de connaissances sur le bien-être animal sur le compte de l’histoire douloureuse de la Chine avec la rage. Plusieurs épidémies mortelles ont frappé le pays, faisant 5 000 morts de 1987 à 1989 notamment. Et aujourd’hui encore, la Chine est le pays avec le deuxième plus grand nombre de cas déclarés de rage, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et les chiens sont les premiers à porter le virus. 

Conséquence, "beaucoup de personnes âgées voient les chiens comme des animaux qui devraient être abattus", explique Ruby Leslie. Cela n’a pas empêché un engouement réel pour la possession d’animaux de compagnie, qui est en progression notamment chez les jeunes. D’ailleurs, certaines villes, dont Chengdu, ont instauré des "politiques du chien unique", par crainte d’un développement d’épidémie de rage.

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Mais cette tendance favorise aussi la prise de conscience de ce qu’est un animal de compagnie.

"Tout le monde a jugé cette pratique cruelle et inhumaine"

La vidéo a été virale ici, mes fils WeChat [un réseau social chinois] étaient inondés de commentaires de personnes dénonçant ce qu’on y voyait. Des vétérinaires aux ONG en passant par le citoyen ordinaire, tout le monde a été choqué, jugé cela cruel et inhumain. 

Les gens veulent assurément s’occuper mieux des animaux, mais ils ne savent pas toujours comment. J’ai beaucoup de respect pour les dresseurs et les vétérinaires avec qui je travaille, qui veulent absolument que soient respectés les standards internationaux de bien-être animal en Chine. 

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– Cet article rédigé par Catherine Bennett a initialement été publié sur le site de Observateurs de France 24.

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