Après les interventions violentes de la police nationale lors du référendum d'autodétermination jugé illégal par Madrid, les indépendantistes catalans attende de l'UE qu'elle joue les arbitres avec le gouvernement de Mariano Rajoy.

Une femme âgée, cheveux grisonnants, expulsée manu militari d’un bureau de vote catalan par trois agents de la police nationale ; une autre, venue aussi voter, le visage ensanglanté. En quelques heures, les images de la violence des interventions des forces de l'ordre contre la tenue du référendum sur l'autodétermination de la Catalogne, ont fait le tour du monde via les réseaux sociaux.

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Les images choquantes ont d’autant plus heurté l'opinion publique catalane que les indépendantistes ont voté dans le calme tout au long de la journée lors d'un scrutin où le "oui" l'a emporté à plus de 90%, bien que la participation n'ait été que de 42,3% (2 262 424 électeurs). "On a montré le visage d’un peuple uni et pacifique", estime Artur, 30 ans, qui a campé devant l’école Cervantes de Barcelone pour empêcher la police de saisir les urnes.

Si les sécessionnistes ont réussi leur pari en permettant la tenue du vote alors même que le premier ministre Mariano Rajoy promettait que le référendum n’aurait pas lieu, ils refusent pour autant de parler de victoire. "A quel prix ? Ce vote s’est fait dans la douleur avec ces blessés qui n’ont pas pu voter et qui sont encore à l’hôpital", déplore Cristina, 48 ans, qui a également glissé son bulletin dans l'urne à l’école Cervantes, où 86% des électeurs de ce bureau ont voté "si".

Une stratégie de la répression, selon les indépendantistes

La Barcelonaise ne comprend pas ce qu'elle nomme "une stratégie de la répression du gouvernement Rajoy". "C’est ça l’Espagne ? Ce n'est pas la démocratie ! On ne veut pas de ça !", s’indigne-t-elle.

"Pourquoi le gouvernement utilise la force alors que ce référendum ne compte soit disant pas pour lui ?", s’interroge Cristina, faisant référence aux matraques utilisées par la police nationale pour détruire des urnes. "Ils ont même utilisé des balles en caoutchouc alors que c’est interdit ici en Catalogne [mais autorisé dans le reste de l’Espagne]", surenchérit sa sœur, Myriam qui dénonce les méthodes des "Robocops", dignes de l’époque franquiste, alors que "les mossos [police catalane qui répond également aux directives de Madrid] ont, eux, été plus que neutres", nuance-t-elle.

Ces heurts n'ont pas manqué de faire réagir la classe politique espagnole. A commencer par la maire de Barcelone, Ada Colau qui s’était jusqu’à présent gardé de prendre position dans ce bras de fer pour ne pas froisser son électorat. Elle a déploré l’usage de la force et appelé Mariano Rajoy à la démission.

De son côté, l'eurodéputé et porte-parole de Podemos en Europe, Miguel Urban, a jugé le gouvernement irresponsable de "défendre la démocratie à coups de bâtons". "Nous devons nous unir pour mettre Rajoy dehors", a-t-il ajouté.

"On espère que l'UE va comprendre qu'on est le camp de la démocratie"

Si le président de la Generalitat Carles Puigdemont assure que la Catalogne a "gagné le droit de devenir un Etat", les indépendantistes attendent surtout un soutien de l'Union européenne. Des observateurs issus des 27 pays de l'UE déployés dans les bureaux de vote ont affirmé prendre en compte les dérapages de dimanche qui sont des "atteintes aux droits fondamentaux".

La chancelière allemande Angela Merkel a appelé le Premier ministre Mariano Rajoy à reconnaître que des personnes avaient été blessées quand le chef du SPD allemand, Martin Schulz, et le leader du parti travailliste britannique, Jermey Corbyn, ont affiché leur inquiétude et incité les deux parties au dialogue.

Lors de sa conférence de presse, Mariano Rajoy, qui refuse de reconnaître le scrutin de dimanche en le réduisant à une simple "mise en scène", reporte la responsabilité des incidents violents sur "ceux qui ont violé la loi". Droit dans ses bottes, le Premier ministre espagnol a tenu également à rappeler qu’il bénéficiait "d’un soutien sans faille des leaders européens". C'est à présent une position délicate que va devoir tenir l'UE, entre défense de la démocratie et protection de son intégrité.

– Article initialement publié sur le site de France 24.

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