Est-ce qu’une pile de déchets faisant six fois la taille de la France peut devenir une véritable nation ?

Vous avez forcément entendu parler du continent de plastique, ce gargantuesque amas de déchets qui flotte dans le nord de l’océan Pacifique. Une association, la Plastic Oceans Foundation, en association avec le site d’information LadBible, fait campagne pour que cette étendue de débris soit reconnue comme un véritable pays.

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Pour appuyer cette demande un brin incongrue auprès des Nations unies, l’association s’appuie sur l’article 1 de la Convention de Montevideo sur les droits et les devoirs des États. Celle-ci dispose des quatre critères principaux définissant les principes d’un État souverain en droit international : être peuplé en permanence, contrôler un territoire défini, être doté d’un gouvernement et être apte à entrer en relation avec les autres États.

Le "Manifeste des Îles Détritus"

Selon eux, la Grande zone d’ordures du Pacifique (GPGP, pour Great Pacific Garbage Patch), a bel et bien le territoire et les frontières nécessaires à la création d’un pays. Il ne suffit plus qu’à mettre en place un gouvernement capable d’entrer en relation avec ses voisins. Facile, surtout depuis qu’Al Gore, ancien vice-président des États-Unis connu pour ses films et ses prises de position en faveur de la défense de l’environnement, s’est associé à la campagne en devenant le premier citoyen des Îles Détritus.

Plastic Oceans/LadBible

Dans une vidéo à la fois sérieuse et sarcastique, celui-ci présente le "Manifeste des Îles Détritus" qui entend principalement "développer les matériaux biodégradables", "introduire une taxe carbone" et "augmenter le recyclage"  sur les îles afin de "stopper le gaspillage". Le but de la vidéo est évidemment de créer un buzz médiatique et de marquer les consciences pour alerter sur une situation écologique absolument dramatique. Par ailleurs, les deux associations ont lancé une pétition pour demander la reconnaissance de l'amas de détritus en tant qu'État et que chaque signataire se verra délivrer la nationalité des Îles Détritus. Pour le moment, plus de 100 000 personnes ont déjà signé.

En plus de cette vidéo, comme le note Quartz, la Plastic Oceans Foundation s’est associée à Michael Hughues et Dalatando Almeida, deux publicitaires qui travaillent à plein temps sur la campagne. Ils ont également recruté le designer Mario Kerkstra qui a aidé à créer un drapeau, un passeport, une monnaie et des timbres.

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Mario Kerkstra/Plastic Oceans/LadBible
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Mario Kerkstra/Plastic Oceans/LadBible
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Mario Kerkstra/Plastic Oceans/LadBible
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Mario Kerkstra/Plastic Oceans/LadBible
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Mario Kerkstra/Plastic Oceans/LadBible
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Mario Kerkstra/Plastic Oceans/LadBible

En attendant que l'ONU reconnaisse (ou pas) l'existence des Îles Détritus en tant qu'État, les principes du droit international et de la philosophie du droit reconnaissent qu'un État souverain peut exister sans être connu par ses pairs, à l'image de la relation entre Taiwan et la Chine. Si les associations vont au bout de leur campagne de sensibilisation, il n'y a donc, théoriquement, aucune raison pour que les Îles Détritus deviennent un véritable pays. La Plastic Oceans Fountation a officiellement demandé aux Nations unies à ce que les Îles Détritus devienne le 196eme État reconnu au début du mois.

Pour rappel, ces amas de déchets en mouvement dans l'océan représentent pas moins de 3,5 kilomètres carrés d'espace – même si sa taille change constamment et 90 % de ces déchets sont du plastique. Au cours des quarante dernières années, selon un reportage de l'AFP, la quantité de déchets dans la mer a été multiplié par cent. 

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