Un récent rapport se montre très critique contre la filière du chocolat, responsable d'une déforestation massive en Côte d'Ivoire. L'industrie menace non seulement la biodiversité mais aussi, plus largement, le climat.

Un petit plaisir vraiment coupable. Les mordus du carré de chocolat ou des Mars nourrissent probablement sans le savoir un trafic illégal de fèves de cacao, dévastateur pour l’environnement en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao.

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Un rapport publié jeudi par l’ONG américaine Mighty Earth en partenariat avec divers médias dont RFI, démontre à quel point la filière chocolatière dépend de la production dans des parcs nationaux pourtant officiellement protégés en Côte d’Ivoire. Une situation qui perdure depuis des années et tend à s'aggraver à l’échelle mondiale.

Plus de forêt en Côte d'Ivoire d’ici 2030 ?

La plupart des forêts ivoiriennes n’ont de "protégées" que le nom, ont constaté les enquêteurs de Mighty Earth. Derrière les quelques arbres pour faire bonne figure en bordure de route, les exploitations illégales de cacao occupent le terrain. Ces cultures se sont étendues au détriment des arbres et "les forêts denses ne recouvrent plus que 4 % de la Côte d’Ivoire", notent les auteurs du rapport dans un communiqué.

"Depuis le début des années 2000, il y a une accélération de la déforestation en Côte d’Ivoire, et les forêts protégées en sont les premières victimes", constate Cédric Rabany, co-directeur d’EtcTerra, une association environnementale, contacté par France 24. Au rythme actuel, il n’y aura plus de forêt dans le pays en 2030.

En cause : la réduction de la surface agricole légale, la pression de la demande internationale et un laxisme des autorités. Autant de facteurs qui ont abouti à une situation critique pour la biodiversité ivoirienne, l’une des plus riches au monde.

Une situation connue de tous. "C’est un secret de polichinelle" pour les Mars, Nestlé, Hershey (géant de la confiserie américaine) ou Godiva (célèbre chocolatier belge), affirment les auteurs de l’enquête. Mais la multiplication des intermédiaires leur permet de fermer les yeux sur la situation. Un fermier cultive les fèves, achetées par des "pisteurs" qui les revendent à des coopératives où viennent se fournir les représentants locaux des négociants internationaux en cacao. Ces derniers acheminent ensuite leurs stocks aux ports d’Abidjan et San Pedro où ils finissent entre les mains des Ferrero, Cadbury ou Lindt. L’origine illégale des graines de cacao se retrouve rarement marquée noir sur blanc sur les bons de commande finaux.

Contactés par Mighty Earth, plusieurs chocolatiers ont reconnu être conscients du problème. Ces multinationales se sont même réunies, début 2017, pour réfléchir aux meilleurs moyens d’y remédier.

Chocolat, l’ennemi du climat

Mighty Earth ne met pas la pression que sur les chocolatiers. Les autorités ivoiriennes sont aussi accusées de ne pas être à la hauteur de la situation. Une institution en particulier, la Société ivoirienne de développement des forêts (Sodefor), est pointée du doigt. Les enquêteurs de l’ONG ont constaté que le taux de déforestation dans les parcs placés sous sa protection est très élevé.

En Côte d’Ivoire, cette déforestation menace des populations entières de singes ou d’éléphants. Ils ne perdent pas seulement leur habitat naturel, mais sont aussi repoussés vers des zones de plus en plus petites où ils sont à la merci des braconniers. Ce trafic de fèves menace "aussi le développement économique à long terme du pays", affirme Cédric Rabany. L’exploitation économique de la forêt représente la solution de facilité, mais miser uniquement sur cette manne naturelle est un mauvais calcul car "la rente forestière va s’épuiser", prévient le co-directeur de EtcTerra.

Cette même logique agricole qui a coûté à la Côte d’Ivoire une grande partie de sa forêt et menace son avenir économique est en train de gagner d’autres pays. Elle est déjà largement à l’œuvre au Ghana, autre important pays producteur de cacao, et commence à faire des ravages en Indonésie (déjà réputée pour avoir détruit une partie de ses forêts pour l’exploitation de l’huile de palme) et en Amérique du Sud.

Le chocolat est donc en train de se transformer en menace sérieuse pour le climat. Les forêts tropicales sacrifiées pour le plaisir des papilles des consommateurs contiennent d’énormes réserves de CO2. Chaque arbre abattu relâche sa réserve de ce gaz à effet de serre dans l’atmosphère. "Une barre chocolatée contenant du cacao illégal a coûté au climat le même prix en émission de CO2 que conduire une voiture sur huit kilomètres", assure les auteurs du rapport.

Un constat sombre mais la situation n’est pas irréversible, d’après Cédric Rabany. En Côte d’Ivoire, "il y a cinq massifs forestiers bien identifiés qui peuvent être sauvés si l’État protège davantage ses forêts et que la filière du chocolat promeut des solutions de cultures de cacao alternatives sans déforestation", juge-t-il. Et si les forêts ivoiriennes peuvent être sauvées du fléau cacaotier, la tendance peut aussi s’inverser ailleurs dans le monde. Il ne reste plus qu’à trouver les bonnes volontés.

– Article initialement publié sur le site de France 24.

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