Un fossile de cheville, découvert près de Marseille, semble indiquer que les primates dont nous descendons auraient été de bons sauteurs, alors même qu'on pense depuis des années qu'ils se déplaçaient en grimpant aux branches des arbres.

Jusqu'ici, les chercheurs et anthropologues étaient persuadés que l'homme descendait d'un primate qui s'accrochait aux branches fines et grimpait aux arbres. Mais serions-nous en fait les héritiers d'un petit animal bondissant plutôt que grimpant ?

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Un fossile découvert près de Marseille vient contredire cette théorie initiale. Il s'agit d'une cheville de Donrussellia provincialis, un primate très ancien. La taille et la forme du fossile suggèrent, selon l'étude publiée le 29 août dans Journal Human Evolution, que l'animal était un sauteur aguerri, pouvant plier et tendre rapidement sa jambe pour s'élancer dans les airs.

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Doug Boyer

Cette découverte change tout quant à ce qu'on croyait savoir de nos ancêtres. Car le Donrussellia n'est autre que notre cousin, issu comme notre ancêtre du même primate originel. Il y a 57 millions d'années, l'espèce s'est divisée en deux groupes, les primates à museau humide (ancêtre des lémuriens par exemple) et ceux à museau sec (nos ancêtres et ceux des singes actuels), partageant toujours des caractéristiques communes. Et ces deux groupes étaient des grimpeurs, vivant et se nourrissant grâce aux fleurs et fruits des arbres.

Sauteurs plutôt que grimpeurs ?

Or depuis quelques années, de nouvelles preuves – qui s'accumulent – montrent que les "truffes humides" comme les "truffes sèches" possédaient des caractéristiques de sauteurs : en 2013, une première étude avait analysé un fossile d'Archicebus achilles, un petit primate à truffe sèche, et prouvé qu'il était aussi bon sauteur.

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Paul Tafforeau (ESRF) and Xijun Ni (Chinese Academy of Sciences)

"Le Donrussellia et l'Archicebus se trouvent à des opposés sur l'arbre généalogique", explique Doug Boyer, professeur à l'université Duke en Caroline du Nord et coauteur de l'étude. "En voyant qu'ils possèdent des caractéristiques communes de sauteur, cela commence à s'apparenter de plus en plus à une fonction qui avait un grand rôle dans l'évolution des primates."

Sauter, mais pour quoi faire ?

Ainsi, l'ancêtre commun de tous les primates serait un sauteur. Pour certains scientifiques, cette affirmation est loin d'être entièrement sûre. Kenneth Rose, professeur à l'école de médecine John Hopkins dans le Maryland, est convaincu que cette étude prouve le caractère "sauteur" du Donrussellia. Mais il confie à New Scientist que les preuves manquent encore pour s'assurer que cette caractéristique a été héritée de l'ancêtre commun de tous les primates.

De plus, si le fait d'être grimpeur semble totalement logique, celui de pouvoir bondir un peu moins. "Il est aisé de comprendre en quoi cette capacité à se déplacer sur de petites branches était utile, pour trouver de la nourriture notamment", admet David Boyer. "Mais il est difficile d'imaginer un scénario simple qui mettrait uniquement en valeur le fait de sauter."

De plus, d'autres fossiles trouvés et étudiés présentent de très longs doigts. "On a cet animal très acrobatique, s'élançant dans de grands sauts depuis de larges plateformes, et en même temps possédant ces doigts monstrueusement longs, bien plus que le nécessaire pour s'accrocher aux branches", décrit l'auteur de l'étude.

Finalement, plus les preuves s'accumulent, plus la confusion semble grande quant aux caractéristiques que possédaient vraisemblablement les premiers primates, dont notre ancêtre.

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