Des chercheurs ont développé une sonde en forme de stylo qui permet d'analyser en quelques secondes un échantillon de tissu humain afin de déterminer s'il est sain ou cancéreux, le tout sans endommager les cellules alentours.

Une équipe de chercheurs de l'université du Texas, à Austin, a créé le MasSpec Pen, une sonde manuelle qui diagnostique en quelques secondes l'état de tissus extraits du corps humain atteints de cancer. Ses résultats ont été publiés le 6 septembre dans la revue Science Translational Medicine.

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Cet outil technologique pourra servir à estimer en très peu de temps si, lors d'une opération, les chirurgiens doivent ôter d'autres tissus afin de débarrasser toute la zone des cellules cancéreuses, ou s'ils ont déjà bien "nettoyé" le cancer. "Cette nouvelle technologie nous permet d'être beaucoup plus précis en sachant quels tissus retirer et laisser", explique James Suliburk, l'un des responsables de l'étude.

Une goutte d'eau et une dizaine de secondes

Le principe est simple, mais il fallait y penser. Livia Schiavinato Eberlin, enquêtrice de l'étude, détaille son fonctionnement : le stylo, appliqué pendant 3 secondes sur une zone de la peau, aspire les molécules d'eau contenues dans les cellules. Il prélève ainsi 10 microlitres – un cinquième d'une goutte d'eau – qui remontent dans un tube jusqu'à un spectomètre de masse, outil médical permettant d'analyser des échantillons.

Au préalable, les chercheurs ont analysé 253 échantillons de tissus de personnes atteintes de cancer du poumon, du sein, de la thyroïde ou d'un cancer ovarien. Cela a permis d'établir les quatre "profils moléculaires" du tissu pour chaque type de cancer.

"Nous avons ensuite utilisé un algorithme statistique pour développer un système de classification qui peut automatiquement chercher dans les profils moléculaires", poursuit Livia Eberlin, "et nous dire si un échantillon semble sain ou cancéreux". Le tout en 10 à 15 secondes maximum.

Un diagnostic sans dommage

"La pertinence générale sur les quatre types de cancer est de 96 %", ajoute Jialing Zhang, auteur principal de l'étude, à Seeker. "C'est enthousiasmant pour toute notre équipe."

Ces chercheurs de l'université du Texas ne sont pas les premiers à avoir conceptualisé un outil à de telles fins. En 2013, des chercheurs de l'University College de Londres développent le iKnife, un scalpel qui cautérise une plaie tout en découpant des tissus, et analyse la fumée ainsi dégagée pour déterminer si ledit tissu est cancéreux. D'autres outils se basent, eux, sur les lasers ultraviolets pour analyser les tissus. Sans outil, la méthode de prélèvement consiste à couper de petits échantillons qui sont congelés et analysés. Le processus prend jusqu'à 30 minutes, et les résultats sont moins pertinents, car la congélation endommage les cellules.

"La pertinence générale sur les quatre types de cancer est de 96 %"

C'est en ça que le MasSpec Pen est innovant : il n'endommage en rien les tissus prélevés et les cellules alentours. C'est particulièrement important pour des cancers situés dans des zones très sensibles, comme les tumeurs cérébrales : endommager des tissus et des cellules peut conduire à des lésions et handicaps irréversibles. En aspirant une minuscule goutte d'eau, le "stylo" sondeur ôte ce risque.

La prochaine étape pour les chercheurs est d'utiliser leur outil sur des humains durant une opération, car pour l'instant les seuls tests ont été réalisés sur des souris atteintes de cancer du sein. Si les essais humains sont concluants, il s'agira alors d'élargir la base de données de l'algorithme à d'autres types de cancers – tumeurs cérébrales, mélanomes – afin d'enrichir le système de profils moléculaires et de permettre à plus de patients de bénéficier de cette technique présentée comme totalement inoffensive.

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