Les politiques sont plus prompts que les scientifiques à pointer le réchauffement climatique pour expliquer la violence de l'ouragan Irma. Parfaite illustration du décalage entre le temps politique et scientifique.

Anne Hidalgo n’a pas hésité. La maire de Paris a lié, jeudi 7 septembre sur Europe 1, la violence de l’ouragan Irma au réchauffement climatique. À la lumière des ravages occasionnés par le cyclone dans la région des Antilles, elle a affirmé qu’on "ne pouvait plus nier l’urgence climatique".

VOIR AUSSI : L'œil de l'ouragan Irma a été filmé de l'intérieur depuis un avion et c'est surréaliste

Elle n’est pas la seule politique, en France, à avoir établi ce lien. Richard Ferrand, le président du groupe La République en marche (LREM) à l’Assemblée nationale, a rappelé le risque de multiplication des catastrophes naturelles particulièrement destructrices à cause du réchauffement climatique. De son côté, la députée du parti Les Républicains, Valérie Pécresse, a profité de l’occasion pour appeler le président américain Donald Trump à revenir sur son rejet de l’accord de Paris sur le climat.

Cocktail parfait de conditions météo

Un ouragan se nourrit de la chaleur des eaux et de l’humidité de l’air. Or, la température de la surface de l’océan est actuellement "anormalement élevée", assure Frank Roux, professeur à l’université Toulouse III, spécialiste des cyclones, contacté par France 24. De plus, la hausse des températures provoque "un accroissement de l’humidité de l’atmosphère qui renforce les phénomènes climatiques", note Françoise Gaill, coordinatrice de la plateforme Océan-Climat du CNRS. Irma a bien bénéficié du cocktail parfait de conditions météo.

"On ne peut pas établir avec certitude de liens avec le réchauffement climatique"

Les scientifiques ne se précipitent cependant pas pour affirmer que le réchauffement climatique est l’ingrédient principal du mélange explosif qui a accouché de l’ouragan de catégorie 5. "On ne peut pas établir avec certitude de liens avec le réchauffement climatique", insiste Jean-Noël Degrace, responsable Meteo-France Martinique, contacté par France 24. Même son de cloche chez Frank Roux.

Ces scientifiques ne font pourtant pas partie de la controversée famille des climatosceptiques. Françoise Gaill explique la prudence de ses collègues : "La violence d’Irma peut être expliqué par le réchauffement climatique, mais il ne s’agit que d’une probabilité et non pas de certitude d’après les canons scientifiques". Seule la répétition des phénomènes extrêmes dans des conditions climatiques similaires pourra amener les scientifiques à être plus catégoriques.

VOIR AUSSI : Ouragan Irma : anatomie d’un des cyclones les plus violents de l’Histoire

Le temps politique et le temps scientifique

Pour l’instant Irma est unique : il est plus endurant que la plupart de ses congénères ouragans majeurs (de catégorie 3 ou supérieure) et c’est le premier cyclone de catégorie 5 a frapper l’arc antillais. C’est tout le paradoxe pour la communauté scientifiques : "comme il est unique, on se pose forcément la question de l’influence du réchauffement climatique, mais il n’est pas possible d’avoir de certitude scientifique justement parce qu’il est unique", explique Françoise Gaill.

Pour cette spécialiste, il faudra environ 10 ans avant que la communauté scientifique adopte une position plus ferme sur la question de l’impact du réchauffement climatique sur la violence d’Irma. Elle comprend la frustration des politiques qui "reprochent aux scientifiques de toujours appeler à la prudence". Le temps politique et celui de la science n’est pas le même. Ce qui, en matière de dérèglement du climat, pose un problème : les politiques ne peuvent pas se permettent de toujours attendre le consensus des scientifiques pour agir. C’est pourquoi Françoise Gaill juge qu’Anne Hidalgo a eu raison de lier changement climatique et Irma, même si ce n’est pas prouvé à 100 %. "Au moins, cela provoque le débat et la discussion", conclut-elle.

– Article initialement publié sur le site de France 24.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.