Après observation du fonctionnement du virus Zika, des scientifiques ont testé son action contre des cellules cancéreuses du glioblastome, une forme répandue de tumeur cérébrale. Mais les applications sur l'homme sont encore loin.

L'épidémie du virus Zika, apparue en 2016, est restée gravée dans les mémoires comme un événement tragique, faisant de nombreuses victimes, principalement en Afrique et en Amérique du sud. Mais les scientifiques, suivant l'adage "À quelque chose, malheur est bon", ont peut-être trouvé un moyen de tirer profit de ce virus.

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Une étude, publiée le 5 septembre dans le Journal of Experimental Medicine, suggère que Zika pourrait avoir une utilité dans la lutte contre le cancer. Le virus, qui représente principalement un danger pour les fœtus en attaquant les cellules souches du cerveau, s'attaquerait aussi aux cellules cancéreuses.

Maladie contre maladie

Les scientifiques, dirigés par Jeremy Rich de l'université de Californie, ont étudié les effets du virus Zika sur le glioblastome, une forme de tumeur du cerveau assez répandue aux États-Unis. C'est aussi la tumeur cérébrale la plus répandue en France avec 2 400 nouveaux cas chaque année en moyenne. Cette tumeur est traitée par chimiothérapie, radiations et chirurgie, mais les cellules souches du cancer résistent souvent, provoquant le retour régulier de la tumeur.

C'est là que Zika devient une arme potentielle : le virus s'attaque exclusivement aux cellules souches. C'est ce qui le rend si dangereux pour les femmes enceintes, car il attaque et détruit les cellules neuro-progénitrices, des cellules-souches à l'origine du développement du cerveau et du système nerveux, causant microcéphalies et dommages cérébraux chez les nourrissons.

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Diego Herculano/Brazil Photo Press/LatinContent/Getty Images

Les scientifiques ont trouvé de nombreuses similarités entre les cellules cancéreuses du glioblastome et les cellules neuro-progénitrices touchées par le virus Zika, permettant de penser que Zika pourrait prendre pour cible la première catégorie.

Pour tester cette hypothèse, ils ont mené une expérience où le virus Zika et les cellules cancéreuses étaient réunis. Et, à leur suprise, le virus s'est attaqué violemment à ces cellules. Implanté sur des souris atteintes de ce même cancer, l'équipe scientifique a pu observer un rapetissement de la tumeur, ainsi qu'un rallongement de la durée de vie des souris malades. Même des versions mutées du virus, alors plus faibles face au système immunitaire du corps, ont réussi à attaquer les cellules cancéreuses des rongeurs.

Des tests particulièrement compliqués sur les hommes

L'équipe de Jeremy Rich s'est tout de même arrêtée aux tests sur des souris. Le virus évoluant différemment chez l'animal et chez l'homme, il est incertain que les effets soient les mêmes. Néanmoins, le virus Zika ne présente aucun risque pour les adultes qui ne sont pas enceintes et des tests semblent possibles – si l'on s'y risque.

"On est dans un cas d'impérieuse nécessité"

C'est le pari d'Harry Bulstrode, de l'université de Cambridge. Son équipe est arrivée aux mêmes conclusions que les chercheurs américains. Mais, contrairement à ses collègues, il souhaite démarrer des tests sur les humains. "On est dans un cas d'impérieuse nécessité", justifie-t-il à New Scientist à propos du glioblastome. "On parle d'une maladie fatale pour toutes les perosonnes touchées."

Même si le virus Zika n'allonge pas forcément la durée de vie des personnes malades, le faible risque en les infectant avec le virus et la chance – même minime – d'y trouver des bénéfices pour lutter contre le glioblastome mérite qu'on se lance. "Si cela peut améliorer la survie et l'état des malades d'une quelconque manière, ce serait une découverte énorme."

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