Des chercheurs ont daté des empreintes de pied attribuées à l'un de nos ancêtres, trouvées sur l'île grecque de Trachilos. Vieilles de 5,7 millions d'années, elles remettraient en cause la présence des hominidés de l'époque uniquement en Afrique.

Il suffit parfois d'une empreinte de pied pour provoquer une tempête dans le monde de la science.

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Découvertes en 2002 sur l'île grecque de Trachilos par le chercheur polonais Gerard Gierlinski, ces traces de pas en sont la preuve. Longues de 9,4 à 22,3 centimètres (une taille 35) et au nombre de 29, elles viennent d'être datées par une équipe de chercheurs dont l'étude a été publiée fin août dans le journal Proceedings of the Geologist Association. Il s'agirait de l'empreinte d'un de nos ancêtres, un hominidé – le nom que l'on donne à la famille de primates réunissant bonobos, chimpanzés, gorilles, humains et orang-outans. 

Si elle se révèle vraie, cette conclusion contestée par une partie de la communauté scientifique pourrait changer la donne quant à l'histoire de nos ancêtres.

Une affaire de gros orteil

Pour les auteurs de l'étude, cela ne fait aucun doute.L'animal semblait marcher en utilisant la totalité de son pied, et non pas en s'appuyant comme les singes uniquement sur les orteils. Particulièrement développé, son premier orteil renvoie à une caractéristique spécifique aux hominidés, le gros orteil.

"Il y a quelque chose de presque drôle à propos de ce gros orteil", explique Per Ahlberg, professeur de biologie évolutionnaire à l'université suédoise d'Uppsala et coauteur de l'étude, à New Scientist. "Sa position et sa forme sont très proches de celles d'un humain moderne, mais il semble plus mobile", un peu à la manière de ceux d'un chimpanzé.

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Andrzej Boczarowski

C'est cette dernière comparaison qui a fait bondir d'autres scientifiques. "Pour moi, vu son positionnement, ce gros orteil est un orteil de singe et non d'humain", rétorque Zach Throckmorton, professeur à l'université du Michigan, à Sciences et Avenir. "Ou alors, celui qui a laissé cette empreinte souffrait du plus gros oignon qu'il m'ait été donné de voir". Selon lui, "les traces de pas ne constituent pas un indicateur fiable de l'architecture du squelette du pied."

Une théorie controversée mais "plausible"

Si les résultats des chercheurs provoquent une telle levée de boucliers, c'est qu'ils remettent en cause une théorie depuis longtemps établie. Jusqu'ici, il était communément accepté que nos ancêtres, les hominidés, avaient exclusivement vécu en Afrique, avant de commencer à migrer vers l'Europe il y a seulement 4 millions d'années. Les fossiles et traces retrouvées jusqu'à aujourd'hui vont tous dans ce sens.

Mais vieilles de 5,7 millions d'années, ces dernières empreintes réécrivent l'Histoire. Elles disent que les hominidés auraient été présents en Europe bien plus tôt qu'on ne le pensait. Et pour certains, cette version est inacceptable.

"Il y a des gens qui refusent simplement cette idée, au motif qu'ils pensent que c'est tout simplement impossible", explique David Begun, chercheur de l'université de Toronto. Lui-même a publié plusieurs mois auparavant une étude soutenant que le Graecopithecus, un singe ayant vécu en Europe de l'est il y a 7,2 millions d'années, pourrait avoir appartenu à la catégorie des hominidés – nos ancêtres.

"Il n'est pas difficile d'imaginer que les premiers hominidés aient vécu en Europe et laissé une trace sur le rivage méditerranéen"

"Il est pourtant largement accepté que la faune africaine actuelle – les girafes, antilopes et rhinocéros – ont vécu dans le sud des Balkans et ont migré vers l'Afrique", poursuit-il. Les hominidés auraient pu suivre ce même cheminement. "Ce n'est pas forcément vrai, mais c'est possible." Par ailleurs, la Crète n'était pas encore détachée de la Grèce à cette période, rendant encore plus facile l'accès pour des animaux terriens. "Il n'est donc pas difficile d'imaginer que les premiers hominidés vivaient à travers toute l'Europe et l'Afrique et ont pu laisser une empreinte sur le rivage méditerranéen", conclut Matthew Robert Bennett, coauteur de l'étude, auprès de Science et Avenir.

Une possibilité qui n'a pas empêché son équipe d'avoir de grandes difficultés à trouver un journal scientifique acceptant de publier ces conclusions. Tout comme David Begun qui, avant eux, avait essuyé un boycott sur sa propre étude. On ne remet pas en cause l'Histoire et la position géographique de nos ancêtres de longue date si facilement.

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