Créé en 1995 par le chef du Klu Klux Klan de l'époque, Don Black, le site Stormfront vient de perdre son nom de domaine.

L’ancien "Grand Sorcier du Ku Klux Klan" – le chef de l’organisation suprémaciste blanche américaine fondée en 1865 – Don Black, a prouvé au reste du monde que dès 1995, Internet pouvait canaliser et galvaniser les discours haineux. À cette date, le suprématiste fonde le site Stormfront, désigné par le Southern Poverty Law Center (SPLC) – une association américaine de surveillance de l’extrême droite aux États-Unis – comme le "premier site haineux majeur sur Internet". Vingt-deux ans plus tard, le site "historique" vient de fermer.

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Le fournisseur de nom de domaine Web.com a désactivé l’adresse du site après que l’association Lawyers' Committee for Civil Rights Under Law a écrit une lettre à son PDG, soulignant que Stormfront violait certaines des conditions d’utilisation de l’entreprise. Dont cette dernière : "les utilisateurs ne peuvent pas… utiliser les services d’une manière que l’entreprise, à sa seule appréciation, considère comme affichant de l’intolérance, du racisme, de la discrimination, ou de la haine de quelques manières que ce soit". "La décision de Web.com de mettre fin à ses services avec Stormfront.org démontre que l’entreprise met en vigueur ses propres règles pour soutenir ses clients divers et la communauté en ligne dans son ensemble", a écrit le comité de l’entreprise dans un communiqué de presse.

De tristement célèbres lecteurs

Don Black a fondé Stormfront en 1995 après avoir appris à coder pendant les trois années qu’il a passées en prison pour avoir "conspiré à un coup d’État sur une île des Caraïbes", selon la SPLC. Après sa libération, cette personnalité déjà connue des suprémacistes blancs a donc fondé Stormfront, devenu un petit paradis pour les racistes désireux de faire vent de leur haine en ligne et rencontrer leurs semblables. Le forum accueillait près de 300 000 membres, selon la SPLC. Et bien que le nombre d’utilisateurs actifs soit bien plus petit, certains de ses lecteurs ont commis des crimes violents qui ont tristement marqué les esprits.

Parmi les lecteurs de Stormfront, on comptait notamment Richard Poplawski, qui a tué trois officiers de police à Pittsburgh en 2009 quand ils ont toqué à sa porte après que sa mère a appelé les urgences à la suite d’une dispute ; Richard Baumhammers, qui a participé à un lynchage en 2000, également à Pittsbugh, qui a conduit au meurtre d’un voisin juif de 63 ans et à la destruction de sa synagogue avec des croix gammées ; et surtout Anders Breivik, qui a tué 77 personnes à Oslo, en Norvège, en posant une bombe et en commettant une fusillade de masse dans un camp d’été politique pour jeunes.

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Le suprématiste blanc Anders Breivik, auteur d'une tuerie en Norvège, en une de journal.
Francis Dean, Getty Images

Don Black a toujours nié l’influence de son site sur des lecteurs devenus violents, à l’image de ceux qui ont marché à Charlottesville et de la personne présumée coupable du meurtre de Heather Heyer pendant un rassemblement à Charlottesville, en Virginie, plus tôt ce mois-ci.

Un coup aux suprématistes, et à la liberté sur Internet ?

La disparition de Stormfront est un coup dur porté au Klu Klux Klan et à ses alliés, et ce n'est pas le seul. À la suite des manifestations de Charlottesville, The Daily Stormer – une sorte de Stormfront évolué – a été évincé par plusieurs fournisseurs de noms de domaine, avant de se retirer sur le darknet

Si, pour beaucoup, la disparition de ces sites d’Internet est une bonne chose, d’autres, dont l'Electronic Frontier Foundation – une ONG de protection des libertés sur Internet américaine – s’inquiètent que ce genre de pratiques conduisent à une censure plus globale d’Internet.

– Adapté par Chloé Rochereuil. Retrouvez la version originale sur Mashable

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