Créée en 2014, la start-up vient juste de lever des fonds aux États-Unis, alors que cela avait été difficile en France. Le site, loin d'être communautaire, répond à un vrai besoin de sécurité pour les voyageurs LGBT.

Pari réussi pour la start-up française Misterb&b, qui vient de lever 8,5 millions de dollars en début de semaine. La plateforme de location touristique à destination des voyageurs homosexuels, née il y a trois ans, n’avait pas réussi à récolter de fonds en France. L’idée est pourtant intéressante à bien des égards.

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Tout a commencé quand les quatre fondateurs du site, François de Landes, Chris Sinton, Marc Dedonder et Matthieu Jost, sont partis d’un constat relativement simple : le risque, pour les voyageurs LGBT, de se faire mal accueillir, insulter voire agresser par leurs hôtes lors d’une location via Airbnb.

"Il y a six ans, j’ai réservé un appartement avec une chambre partagée à Barcelone, et quand je suis arrivé là-bas avec mon copain, notre hôte a très mal pris le fait qu’on était deux garçons à dormir dans le même lit," confie Matthieu Jost, le président de la plateforme à Mashable FR. "Sur le chemin du retour, j’ai dit à mon copain que je ne voulais plus jamais que ça arrive et surtout que ça n’arrive plus jamais à quelqu’un de ma communauté."

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Misterbnb

Niveau interface utilisateur, Misterb&b ressemble comme à s'y méprendre à Airbnb. Barre de recherche, cartes de destination affichant les prix, commentaires des voyageurs… le système fonctionne comme ce que l'on attendrait d'un site de location classique.

La vraie différence, ici, c’est qu’un voyageur sait par avance que l’hôte qui l’accueillera pendant ses vacances n’aura pas de réactions ou d’attitudes homophobes. Et si des pays comme la France ou l’Espagne posent finalement peu de problèmes, d’autres, comme la Pologne ou la Russie, ne sont pas toujours très accueillant pour les personnes LGBT. Par exemple, l’Egypte, pays prisé par les touristes, est le théâtre d'aggressions homophobres régulières. En 2014, un homme s’était fait agresser simplement parce qu’il avait l’air "efféminé".

Pour rappel, l’homosexualité est encore punie de prison dans 74 états et par la mort dans 13 autres. De nombreux sites donnent d’ailleurs des conseils aux voyageurs homosexuels quant aux destinations à éviter où les précautions à adopter.  Lors d’un voyage en Ouganda, par exemple, utiliser Misterb&b permet au moins de s’assurer que l’on sera en sécurité chez soi.

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Misterb&b

Communautaire contre communautariste

Misterb&b est loin d’être le seul site de location communautaire : une plateforme à destination des touristes musulmans, Muzbnb, ainsi qu’un site de location à destinations des noirs, Noirbnb, sont aussi en préparation.

Cela est loin d’être surprenant, tant les cas de discriminations sur Airbnb sont fréquents : un peu plus tôt cette année, une américaine avait trainé en justice le site américain après s’être vue refusée l’accès à un logement en raison de ses origines asiatiques.

Comme l’expliquait le magazine Usbek & Rica, qui cite une étude de la Havard Business School, les plateformes collaboratives ont tendance à exacerber la discrimination : "non seulement les discriminations persistent sur les plateformes en ligne mais que ces dernières pourraient même les exacerber".

C'est la raison pour laquelle, la démarche n’a pas fait l’unanimité en France lors du lancement du site en 2014. Certains médias, et internautes, s’interrogeaient alors sur l’utilité du site et lui reprochaient d'être communautariste. À tort, selon Misterb&b.

"On nous a tout de suite accusé de communautarisme, alors que l’on est communautaire," souligne Matthieu Joust. "C’est-à-dire que l’on s’adresse à une communauté, mais que l’on est ouvert à tout le monde. On a aussi des filles hétéros qui voyagent avec Misterb&b parce qu’elles se sentent safe."

Monde hétéronormatif

À lire les commentaires Facebook, par exemple sous cet article de Numerama, on remarque que certains ont peur de voir les différentes communautés qui font la société française, ne plus arriver à communiquer entre elles. Le même débat avait déjà secoué la presse française lors de l’organisation d’ateliers de réflexions non mixtes durant un festival afro-féministe à Paris. Comme si une table de réflexion, ou des vacances passées au sein de la communauté LGBT Ouzbek signifiaient forcément une fermeture sur soi-même et une incapacité à dialoguer avec les autres.

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La critique oublie tout de même, dans le cas de la population LGBT, que celle-ci évolue dans un monde largement hétéronormatif. C’est le propre de n’importe quelle minorité : celle-ci, sans même le rechercher, est en contact direct avec les codes et la culture de la majorité.

Et c’est là que Misterb&b, en plus de s’assurer de la sécurité des voyageurs gays, devient aussi un moyen de rencontrer et de se rapprocher des membres de la communauté locale. Une expérience qui n’aurait pas forcément été possible par un autre biais.

"Misterb&b permet aussi à la communauté gay de se connecter dans la vie réelle"

"Misterb&b permet aussi à la communauté gay de se connecter dans la vie réelle, à travers le monde sans passer par une appli de rencontre, ce qui est rare," explique Matthieu Jost. Un aspect réseau social qui plaît aux utilisateurs de la plateforme, à en croire les commentaires laissés sur le site.

Clientèle gay

Misterb&b reste perfectible : en naviguant sur le site, on découvre une limite : Que ce soit les hôtes, ou les voyageurs, la plupart sont des hommes gays. Les femmes, lesbiennes ou bisexuelles y sont très peu présentes. La question mérite pourtant d’être posée : si un hôte est prêt à accueillir un couple gay, pourquoi ne le serait-il pas pour un couple lesbien ?

"C’est quelque chose sur laquelle nous travaillons. Aujourd’hui c’est vrai que la plupart des fondateurs sont gays et que du coup on connait bien ce marché," explique Matthieu Jost. L’équipe promet de travailler sur l’inclusivité, grâce aux 8,5 million de dollars débloqués cette semaine.

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