Les alternatives au polymère qui contient des traces de suif seraient trop onéreuses et insatisfaisantes affirme la Banque d’Angleterre. L’institution continuera donc à mettre en circulation des billets composées de 0, 05 % de graisse animale.

Souvenez-vous, en septembre 2016, la Banque d’Angleterre avait mis en circulation de tout nouveaux billets de 5 livres en polymère, un plastique jugé plus durable que le papier car plus résistant à l’humidité, à la saleté, aux moisissures et aux déchirures. Mais ce changement pourtant si prometteur avait provoqué l’ire de nombreux Britanniques.

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En cause, la présence dans le matériau, à hauteur de 0,05 %, de suif d’origine bovine, soit de graisse animale. La banque, qui avait confirmé la présence de cette substance, avait fini par déclarer qu'"elle prenait au sérieux" les inquiétudes émises par près de 137 000 signataires d'une pétition réclamant l'arrêt de leur production.

Après plusieurs mois de concertation, on apprend dans un rapport publié en ce début de mois d'août que la Banque d'Angleterre n’abandonnera finalement pas ce décrié billet en polymère. D'ici 2020, les billets de 20 livres seront ainsi eux aussi fabriqués à partir de suif, comme cela avait été annoncé en 2016.

Outre les partisans du véganisme ou du végétalisme, certaines communautés religieuses étaient elles aussi montées au créneau pour exiger l'abandon des billets en polymère. Dans l’hindouisme ou le jaïnisme notamment, consommer de la viande de bœuf est interdit, tandis que le sikhisme bannit tout type de chair animal.

Le casse-tête des alternatives

Si le suif est aujourd'hui utilisé dans la fabrication des billets de banque – comme c'est déjà le cas dans celle des cartes de crédit, des téléphones portables, des savons, de certains produits cosmétiques ou encore des détergents –, c'est bien pour ses propriétés anti-statiques. D'après les conclusions de la Banque centrale, le résidu de graisse animale demeure aujourd'hui la solution la plus viable d'un point de vue économique : un changement de matériau reviendrait à débourser près de 70 millions de livres rien que pour la réimpression des billets.

Un changement coûterait près de 70 millions de livres rien que pour la réimpression des billets

Quant aux substances alternatives chimiques ou végétales, celles-ci ne sont pas jugées suffisamment satisfaisantes à plusieurs niveaux. L’huile de palme, perçue au moment de la polémique comme une bonne solution de repli, serait effectivement trop coûteuse en plus d’être une ressource non-renouvelable et responsable de la déforestation. L'huile de coco, elle aussi testée, n'aurait pas non plus fait ses preuves.

Le "meilleur" compromis

Pour y voir plus clair, la banque a également consulté un panel de 3 554 personnes. Parmi eux, 88 % se sont dits opposés à l’utilisation d’un ingrédient d’origine animale quand 48 % étaient contre l’huile de palme. "Nous avons dû comparer ces réponses en prenant en compte nos devoirs et priorités d’ordre public, en plus des résultats des recherches menées ces derniers mois", explique à la BBC un porte-parole de la Banque d’Angleterre.

Le suif l’emporte donc, et tant pis pour les contestations. Le polymère est d'ailleurs adopté comme composant des billets dans une trentaine de pays, comme l’Australie, le Mexique ou la Nouvelle-Zélande. En France et en Europe, le problème ne se pose pas pour l'instant, les euros n'étant pas constitués de papier mais de fibres de coton. Toutefois, la Banque centrale européenne travaillerait de son côté au développement d'un mystérieux billet hybride, mêlant le papier... au polymère.

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