i-Cut est un projet d’appli conçu par une équipe de cinq jeunes Kényanes pour sauver et aider les victimes de mutilations sexuelles, comme l’excision. Elles participeront en octobre à un concours de développeurs en Californie.

Cinq jeunes Kényanes âgées de 15 à 17 ans ont rendez-vous en Californie pour participer au Technovation challenge, un compétition internationale ouverte aux développeurs filles qui se tiendra le 4 octobre prochain. Seule équipe africaine à concourir à l’évènement sponsorisé par Google, Verizon et les Nations unies, elles ont été sélectionnées grâce à leur prometteur projet d’appli dénommé i-Cut. Son principe ? Informer les jeunes filles sur les mutilations génitales.

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Illégale au Kenya, l’ablation partielle ou totale du clitoris et des lèvres est pourtant toujours pratiquée. Perçue culturellement comme gage de chasteté, l'excision sert de rite de passage et de prérequis au mariage.

Sauver, s'informer, raconter

Grâce à l’appli i-Cut, les jeunes filles forcées de subir cette coutume pourront alerter les forces de police en passant un appel aux secours. Quant aux survivantes, elles seront invitées à rapporter les faits aux autorités et dirigées vers des centres d’accueil.

L’interface de i-Cut est ainsi composée de trois boutons principaux : "Aider", "Sauver", "Raconter" et de deux autres : "Information sur les mutations génitales" et "faire des dons et réagir".

"Les mutations génitales sont un vrai problème qui touche les filles à travers le monde et c’est un problème que nous voulons résoudre", a déclaré Stacey Owino, l’une des créatrices de l’appli, à la Thomson Reuters Fondation. Elle et les autres cofondatrices, Cynthia Otieno, Purity Achieng, Mascrine Atieno et Ivy Akinyi se sont données un surnom : "les Restauratrices" et une mission : "Restaurer l’espoir chez les filles en proie au désespoir."

"Restaurer l’espoir chez les filles en proie au désespoir"

Au Technovation, les jeunes filles suivront douze semaines de formation avant la grande compétition qui élira la meilleure application. Récompense de 10 000 dollars à la clé. "Cette expérience va changer nos vies", affirme Stacey Owino. "Qu’on gagne ou non, nos perspectives du monde et des possibilités qui s’ouvrent à nous changeront pour le mieux."

Changer les mentalités sur la durée

D’après l’Unicef, plus de 200 millions de femmes et de filles ont été victimes de mutilations sexuelles, dans trente pays. Même si ces dernières années, le discours de sensibilisation et la promotion de l’éducation ont permis de réduire leur nombre, une Kényane sur quatre est encore aujourd’hui condamnée à subir cette pratique. Dans ce contexte, i-Cut pourrait devenir une force non négligeable pour continuer à combattre cette forme de violation des droits fondamentaux.

1 Kényane sur 4 encore condamnée à subir ces mutilations

Outre des risques pour la santé – hémorragies, saignements, infections, pouvant entraîner la mort –, les conséquences physiques et psychologiques peuvent être dévastatrices. Dans les pays en développement, les filles victimes de mutilations génitales voient leurs perspectives d’études et d’emploi considérablement diminuer. Les mutilations génitales sont en effet corrélées aux mariages et grossesses précoces.

Mais le recours aux mutilations est bien ancré dans les traditions et l’utilisation d’i-Cut n’ira pas sans provoquer des conflits familiaux. Pour les éviter et changer les mentalités durablement, l’appli devrait être utilisée en complément de programmes de sensibilisation.

Concernée par les mutilations génitales, "les Restauratrices" n’y ont pas été personnellement confrontées. En revanche, elles racontent l’histoire d’une camarade de classe qui a arrêté de venir en cours après s’être fait mutiler. "Nous étions très proches, mais après ce qui s’est passé, elle n’est jamais revenue en cours, elle était parmi les filles plus intelligentes que je connaissais", affirme Purity Achieng.

Plus de trois millions de jeunes filles sont menacées chaque année, un chiffre que les apprenties développeuses kényanes sont bien decidées à voir descendre jusqu’à zéro.

– Adapté par Majda Abdellah. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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