Après six ans d'analyse, des chercheurs ont découvert qu'une espèce de dinosaure découverte en 2011 avait, en plus d'un corps énorme et recouvert d'une robuste carapace, une forme de camouflage pour se cacher de ses prédateurs.

Imaginez : vous faites au moins 2,5 mètres de haut, une bonne centaine de kilos de muscles, et l'intégralité de votre corps est recouverte d'une armure extrêmement épaisse et résistante. Ainsi blindé, pas besoin en plus d'une tenue camouflage pour se dissimuler des yeux de ses ennemis : vous êtes le plus grand, super fort, et inatteignable.

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À l'époque du Crétacé cependant, un dinosaure n'était pas de cet avis. Le Borealopelta markmitchelli, du groupe des ankylosauridae – des animaux au corps recouvert d'une armure osseuse les protégeant de leurs prédateurs –, avait opté pour la double-protection : carapace et camouflage (on n'est jamais trop prudent).

Cette double-protection, quasiment unique dans la nature, vient d'être découverte par une équipe de chercheurs après analyse d'un énorme fossile de B. markmitchelli découvert en 2011 au Canada. C'est d'ailleurs eux qui ont nommé l'espèce d'après Mark Mitchell, l'un des chercheurs qui a passé 7 000 heures à nettoyer le fossile en enlevant grain par grain les nodules de carbonate de fer qui entouraient le dinosaure.

Leurs résultats ont été publiés le 3 août dans la revue Current Biology. Le spécimen, vieux de 110 millions d'années, était étonnamment bien conservé. Sa tête, son cou et toute la partie avant de son corps étaient intacts, peau y compris, ce qui est une chose extrêmement rare.

L'analyse d'un épiderme de plusieurs millions d'années

"Ce spécimen est tellement complet qu'on dirait qu'il est juste endormi", témoigne Jakov Vinther, coauteur de l'étude et chercheur à l'université de Bristol, à la BBC, "et qu'il suffirait de tousser légèrement pour le réveiller".

Les conditions de fossilisation du dinosaure ont dû jouer dans sa conservation, mais les scientifiques pensent aussi que l'armure osseuse, constituée d'ostéodermes (des plaques robustes posées les unes sur les autres, comme une carapace de tortue), a protégé la peau.

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Caleb M. Brown, Jakob Vinthe/Published by Elsevier Ltd.

Sa découverte a permis l'analyse par les scientifiques des caractéristiques de l'épiderme. En utilisant la spectométrie de masse à temps de vol et du gaz pyrolise (qui permettent d'identifier des molécules particulières en fonction de leur masse), l'équipe a identifié des pigments de mélanine sur tout le corps du dinosaure.

Ils ont alors réalisé que ces pigments étaient bien plus présents sur le haut du corps du dinosaure que sur son ventre et le bas de son corps : l'animal était donc plus foncé sur le dessus, et plus clair en-dessous.

La contre-illumination, une technique de camouflage toujours actuelle

Cette répartition des couleurs – surtout de leur intensité – sur le corps d'un animal est une technique de camouflage appelée la contre-illumination. Ainsi, au soleil en pleine journée, les animaux sont plus difficiles à voir.

Aujourd'hui, de nombreux herbivores présentent une robe utilisant la contre-illumination, comme les biches ou les girafes, qui ont de nombreux prédateurs carnivores. Mais les très grands herbivores – l'éléphant ou le rhinocéros – en sont dénués car, de par leur taille ou leur armure osseuse, ils ne sont pas inquiétés par les prédateurs. Le B. markmitchelli se rapproche justement plutôt de ce dernier groupe.

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Caleb M. Brown, Jakob Vinthe/Published by Elsevier Ltd.

Le spécimen trouvé en 2011 pèse près de 1 300 kilos et fait 5,5 mètres de long. En comparaison, le seul autre dinosaure utilisant la contre-illumination à l'époque du Crétacé était le psittacosaurus, un herbivore de la taille d'un chien.

"Les schémas de couleurs de la peau peuvent être utilisés pour la reproduction, la thermorégulation, la communication et bien d'autres choses", explique Jakob Vinther. "Mais aujourd'hui les animaux utilisent la contre-illumination pour se camoufler, et nous pensons que cette nouvelle espèce de dinosaure s'en servait aussi pour se cacher des prédateurs."

Malgré son corps incroyablement bien protégé et sa taille exceptionelle, l'ankylosauridae avait donc aussi ressenti le besoin de se dissimuler aux yeux de ses prédateurs. Caleb Brown, autre coauteur de l'étude, cite pour New Scientist l'acrocanthosaurus, une sorte de T-Rex de 11,5 mètres de haut, parmi les prédateurs qu'il valait mieux éviter de croiser à l'époque.

On sait désormais qu'un de nos plus fameux adages nous vient tout droit du Crétacé : un dino averti en vaut deux.

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