Les dérapages budgétaires systématiques des derniers Jeux olympiques ont refroidi les ardeurs des potentiels candidats à l’organisation de la grand-messe du sport. Pour sauver son modèle, le mouvement olympique n'a d'autre choix que de se réformer.

Qu’il est loin le temps où le monde s’émerveillait devant l’arrivée du "rocket man" William Suitor au beau milieu du Los Angeles Coliseum, en point d’orgue de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques 1984. Ce samedi 28 juillet, dans un monde morcelé par quarante années de guerre froide, les États-Unis montraient leurs muscles aux quatre coins du monde, et les Jeux se voulaient le théâtre idéal.

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Trente ans plus tard, l’écrin a vécu et le Comité international olympique (CIO) peine aujourd’hui à "vendre" ses JO. Sauf rebondissement, Paris devrait se voir confier l’édition 2024 de la plus grande manifestation sportive au monde, et ce sans avoir lutté jusqu’au bout pour son attribution. Car après les défections successives de Hambourg, Boston, Rome puis Budapest, Los Angeles a semble-t-il négocié avec le CIO pour obtenir l’organisation de l’édition suivante, en 2028. Du pain bénit pour les autorités olympiques qui, pragmatiques, s’assurent ainsi de disposer de deux villes-hôtes solides pour les prochaines éditions. Sauf cataclysme, l’avenir des JO semble donc assuré jusqu’à 2028. Oui, mais après ?

Sauf cataclysme, l’avenir des JO semble assuré jusqu’en 2028

Au fil des olympiades, il apparaît de plus en plus complexe de trouver des prétendants solides à l’organisation, en témoigne le nombre croissant de villes candidates qui jettent l’éponge avant même la fin du processus d’attribution. Avant l’hécatombe de 2024, les JO d’hiver 2022 avaient déjà connu le même sort, avec les défections successives d’Oslo, Stockholm, Lviv puis Cracovie au profit de la candidature de Pékin.

Une gabegie presque systématique

Première raison invoqué par les déserteurs : les budgets exorbitants engloutis dans l’organisation des dernières éditions. Des investissements qui se chiffrent en milliards d’euros et qui ont toujours été sous-estimés depuis trois décennies, comme l’illustrent les chiffres évoqués par le quotidien Le Monde, dans une infographie datant de 2015.

• Séoul (1988) : 8,3 milliards d’euros contre 4 prévus initialement
• Barcelone (1992) : 10 milliards d’euros contre 3,9 prévus initialement
• Atlanta (1996) : 3,3 milliards d’euros contre 2,5 prévus initialement
• Sydney (2000) : 5,4 milliards d’euros contre 2,8 prévus initialement
• Athènes (2004) : 11,1 milliards d’euros contre 5,3 prévus initialement
• Pékin (2008) : 32 milliards d’euros contre 2,6 prévus initialement
• Londres (2012) : 10,9 milliards d’euros contre 4,8 prévus initialement

Et les bilans des JO d’hiver sont tout aussi révélateurs de cette inflation. De 2,1 milliards d’euros à Salt Lake City (2002), le budget de la grand-messe des sports hivernaux est passé à 3,4 milliards à Turin (2004) puis 9 milliards à Vancouver (2010) avant d’exploser à Sotchi (2014), avec une enveloppe dédiée de 36 milliards d’euros.

Des coûts organisationnels qu’il est de surcroît difficile de justifier en invoquant un retour sur investissement. L’exemple le plus criant remonte à un an à peine, à l’occasion des JO-2016 à Rio. Alors même que les chiffres du budget définitif – et d’une probable flambée – n’ont pas été dévoilés, force est de constater que l’héritage de ces Jeux tombe déjà en lambeaux. Dans la métropole brésilienne, les infrastructures sont pour la plupart à l’abandon : bassin de natation et parcours de golf en ruines, Maracaña fermé au public, vélodrome olympique ravagé par un incendie… Ces sites dévastés ont fini d’asseoir le scepticisme de l’opinion publique à travers le monde, déjà alimenté par le fiasco d’Athènes en 2004 et la crise économique de grande ampleur qui a ensuite frappé la Grèce.

Dix ans pour une réforme de fond

Los Angeles 84 et son bénéfice déclaré de 230 millions de dollars ? Une époque révolue. Désormais, les populations refusent de passer à la caisse, d’autant qu’une candidature coûte jusqu’à 80 millions d’euros lorsqu’elle est menée à son terme, même en cas de défaite. Le projet Budapest-2024 a ainsi été abandonné après la publication d’une pétition citoyenne de plus de 200 000 signataires. Dans la même veine, Hambourg-2024 avait baissé pavillon à la suite d’un référendum remporté par le "non", à l’image un peu plus tôt de Munich et Davos-Saint-Moritz, un temps prétendants aux JO d’hiver 2022 et 2026.

Le CIO est au pied du mur

Face à cette crise de vocations, le CIO est au pied du mur. La probable double attribution 2024-28 devrait lui permettre de bénéficier d’une décennie pour trouver de nouveaux ressorts. Les premiers changements ont d’ailleurs déjà été votés par le CIO, fin 2014, avec notamment l’adoption d’une réforme permettant le dépôt de candidatures jointes de deux villes ou deux pays. "Pour assurer un succès continu, il faut que nous soyons prêts à être souples et que les villes puissent présenter des modèles différents", expliquait alors John Coates, vice-président de la commission exécutive du CIO.

Une mesure phare imbriquée dans l’"Agenda olympique 2020", feuille de route de l’institution qui vise à réduire les coûts et dont la première recommandation incite le CIO à faire "activement la promotion de l’usage maximum d’équipements existants et d’installations temporaires et démontables". Cet argument constitue justement le point fort de la candidature de Paris pour 2024 puisque le dossier déposé par la capitale française affirme que 95 % des sites qui accueilleront les athlètes sont déjà construits et utilisés au quotidien. Une proportion ramenée à 93 % par la commission d’évaluation venue auditer la candidature parisienne en mai dernier. À charge pour Paris de prouver que ce modèle lui permettra d’éviter tout dérapage budgétaire, ce qui constituerait déjà un probant succès au vu de la tendance de ces dernières décennies.

– Article initialement publié sur le site de France 24.

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