Donald Trump a annoncé mercredi sur Twitter que les personnes transgenres ne pourraient désormais plus intégrer l'armée américaine. Les raisons invoquées, l'une économique et l'autre psychologique, sont critiquables.

Donald Trump est donc bien décidé à déconstruire ce que huit années de présidence Obama avaient mis en place. Après l'Obamacare, le droit à l'avortement et le Planning familial, le président américain s'en prend maintenant aux personnes transgenres.

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Dans trois tweets publiés ce mercredi, Donald Trump a annoncé que les personnes transgenres ne seraient plus admises dans l'armée américaine :

"Après consultation avec mes généraux et experts militaires, sachez que le gouvernement américain n'acceptera et n'autorisera plus d'individus transgenres à servir à quelque poste que ce soit dans l'armée américaine. Nos forces armées doivent être concentrées sur la victoire décisive et écrasante, et ne peuvent pas être accablées par le poids des gigantesques coûts médicaux et de la perturbation que la présence de personnes transgenres entraînerait. Merci"

Le choc est double : non seulement la décision est extrême et fait preuve d'une volonté de discrimination assumée, elle est aussi banalement annoncée sur Twitter, comme n'importe laquelle des sorties fantasques auxquelles le président américain nous a habitués.

"Même si vous être contre l'impérialisme militaire américain, le fait que Trump fasse machine arrière sur les droits des trans et l'annonce sur ce PUTAIN DE TWITTER est un précédent terrifiant."

Le "poids" de la prise en charge médicale

Rien ne peut justifier une telle interdiction d'accéder aux rangs de l'armée ciblant uniquement une partie de la population. Mais Donald Trump a tout de même tenté de le faire. Il invoque des "coûts médicaux énormes" et la "perturbation" que la présence de transgenres dans l'armée "engendrerait". 

Il invoque des "coûts médicaux énormes" et la "perturbation" que la présence de transgenres "engendrerait"

Aux États-Unis, l'armée s'était en effet engagée depuis septembre 2016 à prendre à sa charge les frais médicaux des personnes transgenres. Chelsea Manning, ancienne militaire emprisonnée pour avoir fait fuiter des documents confidentiels de l'armée, en avait bénéficié, poussant le gouvernement à ensuite généraliser la prise en charge – qui comprend le suivi psychologique, le traitement hormonal et éventuellement l'opération chirurgicale de changement de sexe.

Cette prise en charge n'est toutefois pas automatique : elle concerne les personnes transgenres atteintes de dysphorie de genre (trouble de l'identité de genre), un mal-être qui peut conduire à des dépressions ou autres troubles mentaux. De plus, le Pentagone avait demandé un rapport sur le coût de cette réforme au groupe indépendant Rand Corp. avait estimé que les coûts pour l'armée s'élèveraient à 3 à 4 millions de dollars, un montant négligeable comparé aux 6 milliards de dollars dépensés chaque année pour la santé des membres des foces armées américaines. 

Pas de demi-mesure pour Trump

Le 1er juillet, le secrétaire américain à la défense James Mattis avait déjà prolongé de 6 mois le délais que l'administration Obama s'était fixé pour approuver ou non le recrutement de personnes transgenres dans l'armée.

Mais pourquoi Donald Trump ne s'est-il pas contenté d'essayer de revenir sur cette prise en charge et a préféré bannir purement et simplement des milliers de personnes d'une possible carrière dans l'armée ? Une fois encore, le président américain n'a pas fait dans la demi-mesure.

Quant à la "perturbation" engendrée, le Williams Institute rappelle que 15 500 personnes transgenres sont déjà engagées dans l'armée américaine, vivant donc au quotidien avec leurs collègues cisgenres. D'après Rand Corp. en 2016, cette prise en charge n'aurait "aucun effet sur la motivation des troupes à partir au combat". Entre temps, personne ne s'est plaint de la réforme.

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Williams Institute

Avec cette décision discriminatoire, Donald Trump revient sur sa promesse de campagne de "se battre pour" la communauté LGBT. Sad!

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