Rodrigo Duterte a admis avoir utilisé une armée de "trolls" pour redorer son image sur les réseaux sociaux pendant sa campagne présidentielle. Une pratique de plus en plus répandue, analysée dans une étude internationale de l'université d'Oxford.

Rodrigo Duterte, le sulfureux président des Philippines depuis le 30 juin 2016, a admis avoir financé une armée de trolls sur les réseaux sociaux pour le défendre pendant la campagne qui s'est terminée par son élection.

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Habitué des propos provocateurs, connu pour ses méthodes douteuses et souvent controversés, il se défendait lundi 24 juillet après une étude publiée par l'université d'Oxford montrant qu'il fait appel à des trolls humains et des bots pour améliorer son image sur les réseaux sociaux. Selon l'étude, cette armée de petites mains a continué à "répandre et amplifier" des messages en soutien aux politiques de Duterte après sa victoire à l'élection.

"J'ai dépensé 10 millions de pesos [un peu moins de 170 000 euros] ? Moi ?", a répliqué Rodrigo Duterte lors de sa conférence de presse. "Peut-être pendant l'élection… Toutes ces dépenses ont eu lieu pendant la campagne. Je n'en ai plus besoin maintenant."

S'il nie l'existence d'une telle armée aujourd'hui, le président philippin admet donc en avoir financé une en 2016, lors de la campagne pour l'élection présidentielle.

"Je n'ai pas besoin de me défendre de ces attaques", a-t-il dit selon ABS-CBN News. "Je ne suis de toute façon pas éligible pour une réélection." En effet, aux Philippines le mandat d'un président est unique, d'une durée de 6 ans.

Pour clore le sujet, Dutertre a ajouté que l'université d'Oxford était une "école pour personnes stupides", selon le très sérieux média numérique Rappler.

Bot ou pas bot ?

L'étude en question a analysé la manipulation organisée des réseaux sociaux et les différentes stratégies des candidats et partis politiques dans 28 pays. Le résultat montre que des bots ont été utilisés pour booster des idées en accord avec le message du parti politique. Objectif : améliorer l'engagement des internautes en "créant un faux sentiment de popularité, d'une tendance émergente ou d'une pertinence".

Dans le cas du président philippin, son social media manager a avoué que l'équipe de campagne avait fait appel à 400 à 500 personnes pour "amplifier" les idées du candidat. Ils géraient des groupes sur les plateformes comme Facebook, chacun ayant d'une centaine à plusieurs centaines de milliers d'abonnés.

D'après un article de Campaign Asia, l'équipe de communication nie toujours avoir utilisé des bots dans la stratégie de communication de l'ancien maire philippin.

Stimuler son image peu reluisante sur les réseaux sociaux

Un journaliste américain souligne pour le média en ligne PRI que souvent, un seul titre (qu'il soit encenseur ou critique) suffit à donner plus de visibilité à un message. Comme la plupart des internautes sur Facebook ne cliquent pas sur les articles – certains pour ne pas dépenser trop de data –, ils voient seulement le gros titre et l'aperçu.

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NURPHOTO VIA GETTY IMAGES

Duterte, élu avec 16 millions de voix grâce à une campagne populiste centrée sur la guerre contre la drogue, a donc bien besoin de cette forme de communication aujourd'hui pour appuyer son action.

Après l'élection, cette fameuse guerre contre la drogue menée par Duterte a suscité de nombreuses critiques à l'international. En cause : les meurtres de criminels présumés, en dehors de tout cadre légal. Le président a réitéré, le même jour que ses propos sur l'étude d'Oxford, son intention d'instaurer à nouveau la peine de mort pour tous les crimes liés au trafic de drogues.

– Adapté par Charlotte Viguié. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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