Des scientifiques chinois ont annoncé avoir réussi à "téléporter" un photon dans l'espace grâce à l'intrication quantique. Record de distance battu, mais on est encore loin des téléportations de Star Trek.

"Des scientifiques chinois ont réussi à TÉLÉPORTER un photon dans l’espace." Vous avez sûrement vu passer sur vos fils d’actualité ces jours-ci une histoire impliquant des Chinois, des photons, l’espace, un satellite, le tout mélangé à une bonne dose de téléportation. Et l’espace d’un instant, vous avez peut-être pensé : ça y est, on va pouvoir se la jouer Star Trek et naviguer entre les planètes en claquant des doigts.

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Malheureusement pour nos ambitions spatiales, la réalité est un peu plus complexe.

Record de téléportation quantique explosé

L’histoire commence en 479 avant J.C quand naît Mozi, un célèbre philosophe chinois. C’est lui qui, près de 2 500 plus tard, donnera son nom au satellite quantique envoyé dans l’espace par la Chine en août 2016. En orbite entre 500 et 1 400 kilomètres de la Terre, le satellite Mozi possède un récepteur ultrasensible capable de détecter l’état quantique d’un photon envoyé depuis le sol.

Et oui, ça a toute son utilité. En juin dernier, une équipe de scientifiques chinois a annoncé avoir réussi à "téléporter" sur 1 200 kilomètres un photon depuis la Terre vers leur satellite Mozi, explosant par la même occasion le record de distance de téléportation quantique jamais réalisé – jusqu’ici les chercheurs avaient réussi des "téléportations" sur une distance de l’ordre de 100 kilomètres sur Terre.

Sauf qu’en réalité, le photon "téléporté" n'a pas bougé d'un poil. Deux petites secondes d’attention, ça se complique.

C'est quoi "l'intrication" ? 

Ce qu’a réalisé l’équipe de scientifiques chinois – et l’exploit est bel et bien là – c’est une intrication entre deux photons sur une distance longue. Quand deux objets quantiques – comprendre infiniment petits et répondant à des règles bien spécifiques – comme des photons (des particules de lumière) se forment au même moment et au même endroit dans l’espace, il partage une même existence, des caractéristiques en tous points semblables. Un peu comme des jumeaux qui seraient complétement identiques.

De par leur existence semblable, ces photons restent intrinsèquement liés, – ou "intriqués" – même quand ils sont séparés par de grandes distances. Et quand on change quelque chose sur l’un, l’autre change automatiquement. Oui, même à des milliers de kilomètres de distance.

Le phénomène est bien connu des scientifiques et a été déjà observé de nombreuses fois en laboratoire. Mais l’intrication n’avait, jusqu’ici, jamais été réalisée entre un photon resté sur Terre et un autre envoyé dans l’espace. Pourtant en théorie, le phénomène ne connaît aucune limite de distance, mais il est fragile : pour se déplacer, les photons doivent traverser de la matière dans l’atmosphère et potentiellement perdre leur intrication avec leur "jumeau".

Une téléportation pas vraiment comme dans les films

Pour minimiser les dégâts, les scientifiques chinois se sont rapprochés du satellite en allant dans la station Ngari, au Tibet, à 4 000 mètres d’altitude. Sur les millions de photons intriqués (l’un restait sur Terre, l’autre partait sur le satellite Mozi) qu’ils ont envoyé depuis la station en 32 jours, 911 seulement sont restés intriqués.

Une fois le photon intriqué arrivé dans l’espace, son jumeau resté sur Terre peut lui envoyer des informations – par exemple changer de sens de rotation – et l’autre réagira là-haut instantanément. Le photon "terre" devient le photon "espace", sauf qu’en définitive, aucun objet ne change de place. Donc la téléportation, c’est pas pour tout de suite, mais l’intrication pourrait quand même servir aux humains, par exemple dans la communication de données chiffrées, nous expliquent les scientifiques.

Voilà, on est vraiment désolés d'avoir ruiné votre journée.

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