L'Unesco a annoncé mercredi que le plus grand récif corallien ne fera pas son entrée dans la liste du patrimoine mondial en péril qui regroupe 55 sites protégés à travers le monde. Une annonce vivement contestée par la communauté scientifique.

Alors que ces dernières années, les études sur la dégradation de la Grande Barrière de corail se sont multipliées, la dernière décision des Nations Unies sur le sujet a de quoi surprendre. Le plus grand récif corallien du monde, victime du réchauffement climatique, ne sera pas classé comme site en péril, a annoncé le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco réunis en Pologne, mercredi 5 juillet. 

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Les raisons de cette décision, adoptée par les 21 états qui composent le Comité, seraient d’abord politiques, fait remarquer CNN. Par crainte que cela ne fasse chuter le tourisme dans la région, le gouvernement australien s’était toujours opposé à l’entrée de la Grande Barrière de corail sur cette liste. En 2015, mis sous pression par l’ONU, il avait alors adopté un programme de préservation du site sur 35 ans. Une initiative que l’Unesco n’aurait pas souhaiter invalider aujourd’hui, bien qu’elle encourage l’Australie à "accélérer ses efforts" pour protéger le récif corallien.  

Les mesures développées dans ce programme sont en effet loin d’être suffisantes. Si elles interdisent définitivement le déversement des déchets de dragage, elles maintiennent par exemple l’extraction de charbon dans le Queensland et l’extension des infrastructures portuaires, responsables de la dégradation de la qualité de l’eau.  

Une décision "hypocrite et "grotesque" pour les scientifiques

"L’annonce du Comité du patrimoine mondial est une grande victoire pour l’Australie et une grande victoire pour le gouvernement de Malcolm Turnbull, le Premier ministre d'Australie)", s'est réjoui sur la chaîne de télévision ABC Josh Frydenberg, le ministre de l’environnement. Une réaction moquée par certains scientifiques qui dénoncent une situation "grotesque". 

 "Grotesque : la moitié de la Grande Barrière de corail aura disparu dans deux ans, et le comité du patrimoine mondial dit qu'elle n'est 'pas en danger'"

Car du côté des scientifiques, la décision de l’Unesco fait unanimement grincer des dents. GreenPeace qualifie la situation d'"hypocrite", dans un communiqué. "Le gouvernement fédéral devrait se concentrer sur les efforts concrets pour protéger la Grande Barrière de corail, plutôt que sur des labels et des classements", tacle le scientifique Will Steffen, dans la presse locale. "Si l’Australie ne rejoint pas le reste du monde en adoptant des politiques fortes sur le climat et l’énergie, la barrière de corail aura très peu de chances de survivre."

"Nous sommes désorientés face à cette décision"

D’autres pointent du doigt le manque de transparence de l’Unesco. "Tout se passe derrière des portes fermées, nous ne savons pas comment les votes se sont déroulés", affirme Dean Miller à ABC News. "Nous sommes un peu désorientés face à cette décision. Si elle était basée sur la science, il est très clair que la Grande Barrière de corail est en danger."

Classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1981, la Grande Barrière de corail a vu disparaître la moitié de ses coraux en trente ans. En avril dernier, des scientifiques avaient tiré la sonnette d’alarme. Pour la deuxième année consécutive,  les coraux avaient subi deux épisodes de blanchissement en l’espace de douze mois, réduisant ainsi à néant les chances de survie des récifs endommagés en 2016.  

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