Dans une conférence au Salon International de l'Aéronautique et de l'Espace (SIAE), le philosophe Étienne Klein et le sociologue Gérald Bronner ont répondu à la question : "Le futur de l'humanité est-il essentiellement lié à la Terre ?"

"Une option est de rester sur Terre pour toujours, et il y aura une extinction à un moment donné. L’alternative est de devenir une espèce multi-planétaire, et j’espère que vous vous accorderez à dire que c’est la bonne route à prendre." Dans un article publié le 5 juin 2017 sur le journal New Space, Elon Musk plantait le décor de son ambitieux projet de conquête spatiale avec pour argument infaillible : s’il reste sur Terre, l’homme va mourir.

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Et le PDG un peu fou de SpaceX et de Tesla n’a pas forcément tort : le réchauffement climatique, les dérèglements environnementaux, l’explosion de la démographie et la probabilité de se faire réduire en poussière par un astéroïde auront peut-être un jour raison de notre espèce. Mais le futur de l’humanité est-il pour autant sur une autre planète ? Faut-il se lancer corps et âmes dans la quête d’un ailleurs spatial avant qu’il ne soit trop tard ?

À l’occasion du Salon International de l'Aéronautique et de l'Espace de Paris-Le Bourget mercredi 21 juin, le philosophe Étienne Klein et le sociologue Gérald Bronner, ont tenté de répondre à la question sur la scène du Paris Air Lab.

"L’homme est terrien avant d’être humain"

Sur les 219 exoplanètes découvertes par le télescope spatial Kepler de la NASA, 10 pourraient être habitables. Bonne nouvelle, non ? Oui, sauf que la plus proche d’entre elles se trouve à 40 années-lumière de la Terre. Avec les moyens technologiques actuels, il faudrait des millions d’années pour l’atteindre. Inutile de vous dire qu'aucun d'entre nous ne verra un bout d’exoplanète – sauf peut-être Walt Disney, qui plus malin que tout le monde, s’est fait cryogéniser. Bref, on aurait beau vouloir s’en aller très fort, les limites physiques sont bel et bien là.

"Nous ne pourrons quitter la Terre que si nous l’emportons avec nous. " – Edmund Husserl

Limites physiques ou pas, pour Étienne Klein, le futur de l’homme ne peut être que sur Terre. "L’homme est terrien avant d’être humain. Nous pourrions quitter la Terre, mais nous perdrions notre humanité", explique le philosophe. Car sur Mars ou ailleurs, impossible d’échanger normalement sous son scaphandre, de boire un verre en terrasse ou de piquer une tête dans la mer. "Ce qui fait de nous des humains, notre façon d’être ensemble, sont dépendants des conditions de vie terriennes. Je ne pense pas que le désir soit transportable", insiste Étienne Klein.

Et pourtant, à ce qu’on sache, aucun astronaute n’est devenu fou en mission là-haut. Alors pourquoi nous autres serions condamnés à perdre notre humanité ? Pour le philosophe, Thomas Pesquet et tous ses confrères restent, même à 400 kilomètres de la Terre, extrêmement socialisés. "Prenez Thomas Pesquet, il échangeait tous les jours avec la Terre." En résumé : partir d’accord, mais au risque de devenir autre.

"L’homme a un devoir moral d’être éternel"

Les hommes sont les gagnants de la grande loterie de l’Univers. La probabilité que notre espèce apparaisse "était infiniment basse", rappelle Gérald Bronner. "Mais comme dans toutes les loteries, aussi basses sont les chances de gagner, il y a toujours un gagnant." Pour le sociologue, il y a, au même titre que la probabilité d’exister, une chance que l’humanité parvienne à se sauver d’elle-même. Parce qu’il est le gagnant de la loterie, "l’homme a un devoir moral d’être éternel", explique Gérald Bronner.

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Pas question donc de se faire la malle sur une exoplanète : pour le sociologue, l’homme peut et doit rester sur Terre, car il a "de grandes capacités à se modifier". "L’univers ne fera rien pour nous sauver, nous avons notre destin entre nos mains et les découvertes sont imprévisibles." Vous avez entendu ? Allez, on laisse tomber la voiture et on se bouge les fesses pour trouver une solution pour que le Soleil n’explose pas dans des millions d’années.

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Le professeur japonais Hiroshi Ishiguro présente son robot humanoïde Geminoid HI-4 à Rome en novembre 2016.
Andrea Franceschini, Corbis, Getty Images

"Toutes les étoiles sont mortelles"

Justement, voilà un autre problème qu’on n’avait pas vu venir. "Toutes les étoiles sont mortelles", rappelle Étienne Klein. "On sait qu’on est condamnés, et on sera aussi condamnés dans un autre système solaire", renchérit le philosophe. Partir, ce serait donc se condamner à un exode de systèmes solaires en systèmes solaires. D'avance, F-A-T-I-G-U-A-N-T.

"L’espace, c’est du tourisme. On n’ira pas plus loin", explique Étienne Klein. Avant de conclure : "Et puis la vie dans l’espace, ce n’est pas drôle du tout."

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