Un mois après la victoire d'Emmanuel Macron à la présidentielle, 51,2 % des électeurs français ont boudé dimanche les élections législatives. Un triste record qui amène à s'interroger sur l'avenir du mode de scrutin.

Abstention, 51,2 %. Le taux de ce premier tour des élections législatives françaises, dimanche 11 juin, constitue d'ores et déjà un triste record dans l'histoire de la Ve République. Face à ce coup porté à la légitimité de la future Assemblée nationale, les appels à réimaginer l'élection se multiplient.

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Le phénomène n'est pourtant pas nouveau. La participation aux législatives, traditionnellement plus faible qu'à la présidentielle, n'a cessé de baisser depuis 20 ans. Le précédent record d'abstention avait été établi par le second tour des législatives 2012 : 44,59 % des électeurs ne s'étaient pas exprimés dans les urnes.

Une conséquence directe : peu de triangulaires pour le second tour

Les législatives sont traditionnellement plus ouvertes que la présidentielle. En effet, pour pouvoir se maintenir au second tour, un candidat doit simplement recueillir un minimum de 12,5 % des suffrages du corps électoral. Contrairement à la présidentielle dernière, il n'est pas rare de voir plus de deux candidats s'affronter au second tour. On parle alors de triangulaire, quadriangulaire voire de pentagulaire dans des cas exceptionnels.

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Cependant, avec l'abstention record de ce premier tour, le palier de qualification risque d'être très compliqué à atteindre pour les candidats. Mathématiquement, il devrait se situer aux alentours de 25 % des suffrages exprimés. Une configuration qui complique la qualification.

Si aucun candidat ne remplit cette condition, seuls les deux candidats arrivés en tête peuvent se maintenir au second tour. Si un seul d'entre eux dispose de ce quorum, le candidat arrivé en second est autorisé à se maintenir sauf si le premier dispose d'une majorité absolue et que plus de 25 % des électeurs de la circonscription ont voté.

Une faible légitimité de l'Assemblée nationale

Si la Constitution couvre l'ensemble des cas légaux pour que la démocratie ne soit pas prise en défaut, ce faible taux de participation fait tout de même une victime : la légitimité du député et de l'Assemblé nationale pour présider à la destinée des Français.

Pour plusieurs internautes, c'est la preuve d'un manque d'adhésion au projet de Macron, mais aussi plus globalement d'une lassitude et d'un désintérêt pour ces élections législatives qui interviennent seulement un mois après la présidentielle.

Pour le rédacteur en chef politique de Paris Match, Bruno Jeudy, c'est la preuve d'une quasi-indifférence des français à cette nouvelle élection. Edwy Plenel, le rédacteur en chef de Mediapart, parle lui de dévitalisation de la démocratie.

Réformer le scrutin ?

Devant ce constat d'échec, les appels à réformer l'élection législative se multiplient. Une des pistes évoquées est la réintroduction d'une dose de proportionnelle dans le scrutin. En clair, les électeurs français seraient appelés aux urnes pour se prononcer sur un seul scrutin à l'échelle nationale et les sièges à l'Assemblée seraient repartis en fonction des suffrages recueillis par chaque parti. Durant la campagne présidentielle, cette proposition avait été défendue par le candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon et celle du Front national, Marine Le Pen. Emmanuel Macron s'y était dit favorable, dans une moindre mesure.

L'éditorialiste de LCi, Renaud Pila, veut aller plus loin et ouvrir le débat sur la fusion des élections présidentielles et législatives. Une élection générale tel qu'elle se pratique déjà dans plusieurs pays où la répartition des députés de l'Assemblée s'effectue en fonction des résultats de la présidentielle.

- Article initialement publié sur le site de France 24.

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