L'affaire entourant le festival Nyansapo et ses ateliers réservés aux femmes noires ne semble pas vouloir s'arrêter. Mais comme l'explique en dessin l'illustratrice Maeril, ces lieux de parole ont parfois du bon. Et ne cherchent pas à exclure.

Vous n’avez pas pu échapper à la polémique concernant le festival parisien Nyansapo et ses ateliers non-mixtes. L’affaire a débuté le week-end dernier, quand certains internautes d’extrême droite remarquent que le festival "afroféministe" organisé par le collectif Mwasi, réserve certains de ses espaces aux femmes de couleur.

Bien que disposant d'un lieu ouvert à tous, l’association souhaite aussi réserver certains espaces, d’abord aux "femmes/personnes noires" et ensuite aux "femmes racisées". Il n’en a pas fallu plus pour qu’une partie de la Twittosphère s’indigne, obligeant les politiques à se saisir du sujet. L’évènement, organisé le 28 et 30 juillet prochain, ne devrait pourtant pas rassembler plus de 200 personnes.

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La Maire de Paris Anne Hidalgo, après avoir menacé de ne pas autoriser l'événement qu’elle jugeait "interdit aux blancs", a annoncé avoir trouvé un accord avec le collectif Mwasi : la partie du festival qui aura lieu dans des locaux de la mairie du 11ème arrondissement sera ouverte à tous. Quant aux ateliers non-mixtes, ils seront organisés dans des locaux privés. Le collectif, de son côté, explique que rien n’a changé et que cette solution avait été retenue dès le départ.

L’affaire a en tout cas inspiré l’illustratrice Maeril qui, sur ses pages Tumblr, Facebook et Twitter, a publié trois planches défendant les groupes de parole et les ateliers non-mixtes. "Je trouve tout à fait hypocrite et égoïste de tenter de les empêcher de s’organiser : les minorités sont par défaut au second plan dans le débat public," confie Maeril à Mashable. "Il est de notre devoir de permettre à ces minorités d’avoir des évènements dédiés à elles. Les dominants pensent toujours avoir mieux compris les combats des concernés, que les concernés eux-même."

"Ce festival dure trois jours et personne n’a forcé les non-concernés à venir. C’est incroyable cet acharnement à dicter leur conduite aux minorités, cela montre bien la nécessité de ces évènements," ajoute l'illustratrice.

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La polémique sur le festival parisien Nyansapo et ses ateliers non-mixtes n’est pas la première en France. L’été dernier, un "camp d'été décolonial" réservé aux personnes racisées s’était attiré les foudres de certains commentateurs et d’une partie de la classe politique. 

Au fond, cette nouvelle polémique montre l’opposition entre deux visions de l’antiracisme, l’une universaliste et l’autre plus pragmatique. D’un côté, un camp, représenté notamment par SOS-Racisme et la LICRA, qui défend une vision incluante du combat antiraciste et juge que ces lieux non-mixtes nourrissent une dérive identitaire. De l’autre, des associations qui considèrent que les femmes, LGBT+ ou personnes racisées doivent parfois se retrouver entre elles dans un lieu qu’elles puissent considérer comme sûr. Pour les uns, ces lieux sont considérés comme excluants, pour les autres comme nécessaire à la lutte.

À ceux qui critiqueraient la bande dessinée de Maeril, la dessinatrice offre cette réponse : "La plupart de ceux qui expliquent en quoi ils sont contre, font état d’une mauvaise compréhension des enjeux de ces réunions. J’ai fait de mon mieux pour expliquer ces enjeux en long et en large dans mes planches, à un moment je ne peux que conseiller aux détracteurs de les relire encore une fois. Tout y est."

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