Pour Donald Trump, il est plus important d'être entouré d'amis que de gens qui savent ce qu'ils font. Il aurait donc nommé comme chef de la division scientifique du département de l'agriculture un homme sans expérience et climatosceptique.

Dans le monde de Donald Trump, pas besoin d'être présent sur les réseaux sociaux pour gérer l'innovation technologique du pays, et nul besoin non plus d'être un scientifique pour gérer une division de recherche et de concertation scientifique. Logique.

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Le Président américain aurait ainsi nommé Sam Clovis – un animateur de radio conservateur et climatosceptique – à la tête de l'équipe de recherche scientifique du département américain de l'agriculture (USDA). S'il est bien nommé à ce poste, il supervisera tous les travaux essentiels de recherche effectués, de la nutrition aux effets du réchauffement climatique sur les réserves de nourriture.

Pas taillé pour le job

D'après la Farm Bill de 2008 – la loi régissant la politique agricole des États-Unis – cette fonction doit être détenue par "des scientifiques reconnus ayant une expérience spécialisée ou conséquente dans la recherche agricole, l'éducation et l'économie".

Mais Sam Clovis, l'un des premiers soutiens de Donald Trump pendant sa campagne, n'a pas vraiment le profil décrit ci-dessus, comme l'ont remarqué le Washington Post, ProPublica et d'autres médias qui se sont penchés sur le sujet.

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Donald Trump, alors candidat, accueille son soutien Sam Clovis lors d'un meeting en Iowa en 2015.
SCOTT OLSON/GETTY IMAGES

L'homme a bien une licence en sciences politiques, un master en gestion des affaires et un doctorat d'affaires publiques, comme l'indique sa page LinkedIn. Il s'est aussi publiquement exprimé sur ses 25 années de service dans l'armée de l'air américaine, soulignant son expérience en matière de politique étrangère et de sécurité nationale.

Plus animateur radio que scientifique

Mais, et c'est bien le problème, Sam Clovis n'a jamais suivi de cursus scientifique ni publié de travaux académiques – le minimum exigé pour un scientifique en bonne et dûe forme.

L'homme, originaire de l'Iowa, est plus connu pour son émission de radio "Impact with Sam Clovis" et pour avoir passionnément défendu Donald Trump à la télévision. En 2014, il a aussi tenté de se faire élire au Sénat, sans succès.

Pourtant, il commence à s'y connaître en agriculture : s'il prenait la tête de la section Recherche, éducation et économie de l'USDA, il s'agirait de son 3e poste lié à l'agriculture auprès de Donald Trump. Pendant la campagne, Sam Clovis a conseillé le candidat républicain sur les sujets agricoles, et il est maintenant le conseiller principal de la Maison Blanche au sein de l'USDA.

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Le réchauffement climatique peut affecter la production de bétail en augmentant le stress des animaux avec la chaleur.
USDA

Il supervisera ainsi la mission scientifique de l'USDA et le travail de ses bureaux économiques, notamment le service des statistiques agricoles et naturelles et le service de la recherche économique.

"Ce poste devrait être occupé par une personne qui peut analyser les éléments scientifiques qu'on lui présente"

Catherine Woteki, qui occupait ce poste pendant la présidence Obama, est catégorique : pour elle, cette nomination est aussi logique que la désignation d'une personne sans expérience médicale à la tête des Instituts nationaux de santé, ces centres de recherche médicale parmi les plus pointus au monde.

"Ce poste est celui du responsable des scientifiques du département de l'agriculture. Il devrait être occupé par une personne qui peut peser les élements scientifiques qu'on lui présente et prendre les bonnes décisions en fonction de ça", a-t-elle expliqué à ProPublica.

La section recherche, éducation et économie de l'USDA a déjà travaillé sur de nombreux problèmes très différents pour lesquels une base scientifique est cruciale, comme les virus Zika et Ebola ou toute interrogation nationale liée au stock de nourriture, détaille la scientifique.

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Émission de gaz à effet de serre en fonction des secteurs d'activité, aux États-Unis en 2014.
USDA

Le réchauffement climatique, une "théorie scientifique au rabais"

Les sujets liés au changement climatique tombent aussi dans ce panier de compétences. Mais Sam Clovis a qualifié le phénomène de réchauffement lié à l'activité humaine, qui fait consensus chez les scientifiques, de "science au rabais".

"À mes yeux, chaque information substantielle disponible sur le sujet pose autant de questions qu'elle apporte de réponses", a-t-il déclaré dans une interview à l'Iowa Public Radio en 2014. "Donc je reste sceptique."

La méfiance de l'administration Trump envers les scientifiques et leurs recherches n'est ni surprenante, ni nouvelle. La semaine dernière, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) a annoncé que la moitié des experts scientifiques chargés de conseiller l'agence en matière d'intégrité scientifique ne seraient pas renouvelés à leur poste.

Ces personnes seront remplacées, pendant la présidence Trump, par des représentants d'entreprises produisant produits chimiques et énergies fossiles. En gros, les entreprises qui provoquent la pollution que la Protection de l'environnement se doit de réguler.

– Adapté par Charlotte Viguié. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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