La voilà, la victoire. Et pour la fêter, Emmanuel Macron a choisi l’esplanade du Louvre. Un lieu hautement symbolique.

Le futur président de la République a fait son discours sur l’esplanade du Louvre. Au delà des jolis plans pour les télévisions, le lieu renvoie à des symboles de gauche et de droite, sans être trop marqué par l’histoire politique récente non plus. À l’image de ce que veut être le mouvement En marche !

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Un lieu qui n’est pas (trop) marqué à droite ou à gauche

Si le fondateur d’En marche ! a choisi ce lieu, c’est avant tout pour éviter d’investir des lieux déjà marqués politiquement. La place de la Concorde ou le Trocadéro ont une image de droite, car c’est par exemple dans le premier lieu que Nicolas Sarkozy a fêté sa victoire en 2007 et le Trocadéro évoque la récente manifestation de François Fillon, encore dans les têtes. La Bastille est marquée à gauche, car c’est là que François Hollande a rassemblé ses soutiens le soir du second tour en 2012, et la place de la République renvoie aux meetings de Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon et au mouvement Nuit debout. "Son positionnement de droite et de gauche s'est immiscé jusque dans cette question", commentait une source à la mairie de Paris, consultée sur la question, selon Le Huffpost.

Un lieu qui évoque les rois et le bonapartatisme

Le Louvre évoque aussi la monarchie. Le palais naît vers 1190 avec Philippe Auguste, septième roi de la dynastie des Capétiens. Il deviendra la demeure des rois de France au XVIe siècle, sous François Ier, jusqu'à ce que Louis XIV décide de le quitter pour Versailles, en 1682. Les Français vivent mal cet éloignement et Louis XVI est ramené de force à Paris... C’est cette figure royale qui a résonné lors de l’entrée en scène d’Emmanuel Macron :

Après Louis XVI, Napoléon s’installe au Louvre comme premier consul en 1800. Le dernier habitant des lieux est Napoléon III. Pas vraiment une figure très “démocratique” non plus, comme le souligne le rédacteur en chef de Mediapart, Edwy Plenel, qui vendredi soir interrogeait le candidat sur son choix (voir la vidéo plus bas à partir 27'55") :

"– Edwy Plenel : Vous avez choisi si vous êtes élu de fêter votre victoire au Louvre, devant la pyramide. (...) Vous n’avez pas choisi la place de la République...

Emmanuel Macron : ... Elle est occupée ce soir-là.

– … Les Nuit Debout se réveillent peut-être déjà ! Le Louvre avant d’être un musée, son dernier occupant c’est Louis-Napoléon Bonaparte, le président de la République qui a assassiné une République, la IIe, et qui est devenu Napoléon III. Il y a une sorte de symbole, on se dit on revient dans un lieu monarchique, on est loin de… (il brandit le livre de Macron), ce livre, c’est pas mal, ça s’appelle Révolution. Et quand on tourne la couverture, on a ça (il montre la quatrième de couverture, avec le visage d’Emmanuel Macron en très grand, voulant signifier par là qu’il y a une personnalisation du pouvoir).

– Je vous invite à lire ce qu’il y a entre deux !

– Je l’ai lu !

– Et et il y a plein de choses intéressantes, qui valent bien mieux que ce raccourci !

– Je sais bien, mais c’est une question sérieuse, ces institutions sont plus fortes que les hommes, et c’est la question du pouvoir personnel..."

Plusieurs journalistes ont fait allusion à ces figures royales ou bonapartistes :

Les bâtiments du ministère des Finances

Le Louvre moderne, avant d’être un musée, est un lieu de l’administration, qui là encore entre étrangement en résonnance avec le parcours d’Emmanuel Macron : le bâtiment abrite le ministère des Finances, jusqu’en 1986...

"Le palais est envahi par de nombreuses administrations dévoreuses d’espaces, en particulier le ministère des Finances qui occupe tous les locaux de l’ancien ministère d’État”, écrit le Louvre sur son site.

"Je pense que c'est un petit clin d'œil qu'il se fait à lui-même sur le destin des ministres des Finances", fait remarquer dans une interview à l’Obs l’historien Alain Faure.

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Un lieu qui évoque François Mitterrand

Il est aujourd’hui impossible de penser au Louvre sans penser à François Mitterrand, qui en a fait ce qu’il est aujourd’hui : c’est-à-dire un grand musée, dotée d’une belle pyramide de verre commandée par le président de la République en 1983 à l'architecte sino-américain Ieoh Ming Pei.

Après sa victoire, Emmanuel Macron est entrée seul sur l’esplanade du Louvre, au son de la neuvième symphonie de Bethoven. Il n’est pas impossible qu’il ait voulu par là faire un clin d’oeil à l’ancien président socialiste, qui fut investi au son de l’Ode à la joie (en plus de marquer, de manière évidente, son attachement à l’Europe, dont c’est l’hymne) :

Un lieu de culture

Enfin si Emmanuel Macron a choisi le Louvre, c’est bien sûr et avant tout en hommage à la culture. "Les Français voient d'abord le Louvre comme le plus grand musée du pays et l'un des plus grands du monde. Le Louvre appartient à l'histoire de tous les Français. À défaut de la tour Eiffel qu'il espérait, l'image fera quand même le tour du monde. Une autre image de la France que tout le monde connaît", souligne dans Le Figaro l’historien à professeur Christian Delporte. "Le musée a un peu effacé le côté politique auquel le Louvre a été associé pendant des siècles. Le choix de Macron est porté par la symbolique du musée du Louvre et non du palais du Louvre", pense lui aussi Alain Faure, historien et chercheur à l'université de Nanterre.

On n’a peu parlé de la culture au sens des arts dans cette campagne présidentielle, mais Emmanuel Macron est est l’un des candidats qui utilise le plus le mot, et même quatre fois plus que son adversaire Marine Le Pen, selon Cécile Alduy.

Le choix du Louvre pour ce discours de victoire est donc mêlé de symboles divers et variés, qui s’opposent parfois, à l’image d’un candidat qui a cherché à ratisser large. Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’internautes n’auront toutefois retenu qu’un seul symbole, pas très flatteur pour le nouveau président: celui des Illuminés de Bavière ou Illuminati, du nom de cette société secrète dissoute au XVIIIe siècle dont certains sont persuadés à tort qu’elle existe toujours, et qui avait pour emblème une pyramide surmontée d’un œil :

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