Abstention, vote blanc ou vote contre le FN ? Chez ceux qui ne veulent pas de Macron mais encore moins de Le Pen, le débat enfle, non sans haussement de ton et culpabilisation. Dans la cohue, des idées pour bloquer l'une sans soutenir l'autre émergent.

Il y a eu la séquence de l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré, qui vociférait devant son micro le dégoût que lui inspire la chasse aux sorcières contre les absentionnistes, cette entreprise de culpabilisant discrédit appliquée à ceux qui rechignent à aller voter. Puis il y a eu la "Lettre à mes ami.e.s de gauche qui ne voteront pas contre Le Pen le 7 mai" de Johan Hufnagel, qui explique pourquoi lui ira glisser un bulletin pour Emmanuel Macron. Mais il y a aussi eu l'analyse de l'économiste Thomas Piketty, pour qui "Plus le score de Macron sera fort, plus il sera clair que ce n’est pas son programme que nous accréditons". Ou encore l'invitation à déplacer le débat, par le philosophe Alain Badiou, ni abstentionniste vindicatif, ni votant passionné, qui nous propose de nous désintéresser, une bonne fois pour toutes et sans hystérie, des élections.

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Pour ou contre, pour et contre, blanc ou noir, blanc, noir et gris : voilà, la messe est dite et le débat fait rage. Chemin faisant, certains de ceux que l'abstention séduisait envisagent finalement d'aller faire barrage au Front national. D'autres se déplaceront mais voteront blanc, et tant pis si on leur crie qu'ils offrent une partie de leurs voix à Marine Le Pen. Et puis il y a tous les autres – ceux qui se posent encore la question, ceux que les pressions médiatiques et sociales fatiguent, ceux qui en ont assez qu'on les prenne à partie alors que ce qui fait réellement le jeu du FN... eh bien, ce sont avant tout les gens qui votent FN.

Pour que "Macron puisse prendre la mesure de notre opposition en étant obligé de compter ses voix sans triomphalisme"

Au milieu de cette étrange période où tout le monde se sent l'âme d'un tribun du Web ou chevalier blanc de la bonne cause accoudé au bar, prêt à dégainer sa baveuse rhétorique pour faire changer d'avis ses contacts Facebook et son entourage proche, quelques initiatives émergent. Pour ceux qui ne voteront pas Emmanuel Macron par adhésion mais par souci de contrer la candidate frontiste, l'idée est la suivante : se réapproprier un vote dont on a été dépossédé et redonner du sens à sa voix.

1. #APRES17H

Signée près de 30 000 fois à l'heure où nous écrivons ces lignes, la pétition Bloquer Le Pen sans soutenir Macron, c'est possible ! #APRES17H suggère à ceux qui vont voter pour Emmanuel Macron à reculons de... le faire après 17h. En effet, puisque le ministère de l’Intérieur publie à 12h puis à 17h les chiffres de la participation, il est possible d'essayer de dissocier les votes "anti-FN" des votes d'adhésion.

"En allant voter après 17h, nous pouvons faire en sorte que notre opposition soit entendue et comptabilisée à travers les différents niveaux d'abstention au cours de la journée. Cette idée peut paraître simple mais elle pourrait permettre de donner plus de sens à notre pouvoir d’expression par le vote tout en utilisant le système actuel", suggère la pétition dont on ignore l'identité exacte de l'auteur. "Que M. Macron, qui appelle à un 'vote d’adhésion', puisse prendre la mesure de notre opposition en étant obligé de compter ses voix avec humilité et sans triomphalisme", conclut le texte.

2. Le deuxième bulletin

Lancé par le jeune Elliot Lepers, "designer de politique" qui expérimente de nouvelles façons de parler de militantisme et avait déjà participé à la pétition contre la loi Travail signée par 1,3 million de personnes, le site ledeuxièmebulletin.fr propose de "voter en ligne" pour signifier à Emmanuel Macron qu'un soutien le 7 mai ne revient pas à un vote d'adhésion. Après avoir entré ses informations de base (nom, prénom, e-mail et code postal), les internautes peuvent choisir les propositions, divisées en trois catégories (une France juste, une France durable et une France démocratique) qu'ils souhaitent transmettre au candidat d'En marche !.

Les réponses accumulées sont directement envoyés aux équipes de campagne d'Emmanuel Macron. "L'objectif est double. Il faut parler à tous les indécis, qui sont pour beaucoup favorables à un changement de société et qui se posent des questions, mais aussi anticiper ce quinquennat", a expliqué Elliot Lepers à RTL.

De quoi peut-être rassurer ceux qui souhaitent se déplacer pour manifester leur opposition au FN sans avoir l'air de crier à l'unisson avec Emmanuel Macron.

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