Barack et Michelle Obama ont lancé, avec leur fondation, un projet de centre culturel en plein Chicago. Pas intimidés pour un sou, les habitants exigent des garanties pour protéger leur quartier et leurs vies.

Voilà un couple qui sait rebondir. Après avoir passé 8 ans à diriger l'un des pays les plus puissants au monde, le couple Obama a déjà assez de projets pour être complètement busy pour les décennies à venir.

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Le plus ambitieux de ces projets est porté par la Obama Foundation : ouvrir un centre culturel à Chicago dans le Jackson Park, dans le sud de la ville. Le futur Obama Presidential Center accueillera une bibliothèque, un musée, des espaces dédiés aux rencontres et événements locaux ou aux enfants.

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Il y a de la place en tout cas.
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Mais ce n'est pas parce qu'il s'agit des Obama que les habitants vont se transformer en béni-oui-oui et laisser Barack et Michelle poser leurs valises et faire ce que bon leur semble. La communauté des habitants du South Side, le quartier où le centre verra le jour, ont décidé d'agir pour que le centre culturel soit un vrai atout pour le quartier et ses habitants, et pas l'outil de sa gentrification.

"Nous voulons qu'ils construisent avec nous"

Lundi 1er mai, le couple Obama a annoncé qu'il organiserait mercredi une table ronde avec des personnalités locales et des dirigeants d'association, pour "tenir la communauté au courant" des avancées du projet, et entendre leurs idées concernant la bibliothèque.

Le projet, qui coûtera plusieurs centaines de millions de dollars, se veut philanthrope et promouvant la culture et le vivre-ensemble. Parmi les nombreux acteurs et entreprises qui travailleront à la construction et à l'animation de la vie du centre, presque la moitié d'entre eux seront issus de minorités, ou d'entreprises exclusivement féminines, se sont engagés Barack et Michelle Obama.

Mais les habitants refusent de laisser ce projet émerger sur de simples promesses. Plusieurs réunions ont eu lieu entre les habitants, commerçants et acteurs associatifs du quartier pour définir ce qui était attendu de la présence du Obama Presidential Center.

"Vous ne vivez pas ici. Et nous ne partirons pas."

Le 25 avril, à l'une de ces réunions, le Chicago Maroon a rapporté les propos d'une habitante déterminée, Claire Hardy : "Voulez-vous qu'ils le construisent à votre place ? Voulez-vous qu'ils le construisent pour vous ? Non. Nous ne voulons pas de cadeau, car nous ne savons pas ce que nous allons retirer de tout cela. Nous entendons beaucoup de promesses, mais cela ne veut rien dire. Que voulons-nous d'eux ? Nous voulons qu'ils construisent avec nous."

"Vous avez des personnes avec un salaire à 6 ou 7 chiffres qui viennent ici et nous disent quoi faire, mais tout cela ne les affecte pas", témoigne Sharon Payne, membre d'une association locale. "Vous ne vivez pas ici. Et nous ne nous en irons pas". Car ce que craignent surtout les habitants, c'est la gentrification du quartier, devenu attirant pour des personnes riches et repoussant les classes moyennes et pauvres hors du quartier.

Un contrat citoyen

Peut-on faire pression sur l'ancien président des États-Unis ? Apparemment oui, et la communauté de South Side ne se laisse pas démonter par le curriculum vitae et la prestance de son interlocuteur.

"Nous voulons voir des bénéfices en échanges du terrain alloué à ce projet"

Les résidents de South Side veulent une vraie promesse : un contrat, chiffrant et définissant précisément les mesures prises dans le cadre de la construction et de la vie du Obama Presidential Center. Plusieurs associations locales militent ainsi pour la signature d'un CBA ("Community Benefits Agreement", accord des bénéfices de la communauté), un document officiel et légalement contraignant, qui oblige le développeur d'un projet à agir d'une manière précise pour améliorer ou protéger le bien-être des habitants.

"Nous voulons voir des bénéfices en échanges du terrain alloué à ce projet", résume le directeur exécutif d'une association dans le Chicago Business, en citant ses attentes : emploi de résidents de South Side pour la construction et la gestion du bâtiment, limites chiffrées à l'expropriation et bonne compensation financière en cas de déplacement.

"Le développement économique est une bonne chose, mais on ne doit pas modifier le quartier de telle sorte que de nouvelles personnes qui peuvent se le payer s'y installent, et en laissant de côté les anciens habitants", confie Daphne McKee, associative de South Side, au Chicago Maroon.

Unique solution : asseoir les trois acteurs principaux du projet – la Obama Foundation, l'université de Chicago et la ville de Chicago – à une table pour signer un CBA, et assurer ainsi la sécurité et le développement de la population du quartier. Pour que le Obama Presidential Center soit vraiment "un centre actif dans l'engagement civique, et un centre qui inspirent les personnes et les communautés à créer le changement", comme indique la Fondation. Yes they can?

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