Des silex de Jacques Cheminade au réveil de Jean-Luc Mélenchon en passant par la clé de Marine Le Pen...

Mais qui a eu l’idée de demander aux 11 candidats à l’élection présidentielle d’apporter sur le plateau de France 2 jeudi soir un objet de leur choix qu'ils poseraient sur leur bureau à l'Elysée s'ils étaient élus ? L’idée était à la fois simple et géniale. Ce moment permet au candidat une maîtrise totale de son propos, mais en même temps est révélateur de sa personnalité. L'émission "15 minutes pour convaincre", dernier "débat" (sans débat) avant le 1er tour de l'élection présidentielle française, l'a prouvé.

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Jean-Luc Mélenchon, premier sur l’exercice, a apporté un réveil à 20 heures pétantes. "Il est là pour me dire du matin au soir : 'Il est temps'." Changement climatique, sortir du nucléaire, répartir la richesse, sortir de la monarchie présidentielle, etc. Bravo, bravo monsieur Mélenchon d’avoir veillé à le mettre à l’heure. Pile à l’heure. Quand on a vu à quelle heure avaient terminé les précédentes soirées de débat, on s’est félicités que celle-ci dure moins longtemps et que la présidentielle n'appartienne pas qu'à la France qui se couche tard.

Nathalie Arthaud a apporté une photo iconique des Jeux olympiques de Mexico en 1968, symbole de la révolte des Noirs américains. Les athlètes Tommie Smith et John Carlos ont le poing levé, évidemment. La "lutte finale" avait voix au chapitre.

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Capture d'écran France 2

Marine Le Pen est arrivée avec un trousseau de clés comportant… une clé. "Un chef d'entreprise de Moselle" lui aurait "symboliquement donné la clé de son entreprise". Alors la présidente du Front national entend bien "rendre aux Français les clés de la maison France". Emballez, c'est pesé.

François Asselineau a apporté un rameau d’olivier qui lui a permis de se lancer dans 1 min et 20 secondes de monologue à s'écouter parler. Le "candidat du Frexit" a encore une fois tout fait pour jouer l'érudit, lui qui ne passe jamais 1 minute sans citer un texte de loi ou une date.

Benoît Hamon n’est pas allé chercher très loin. Le "candidat de la feuille de paie" a mis la main dans son portefeuille pour en sortir… sa carte Vitale ! Bon, en tout cas c'était parfait pour enchaîner sur le système social français. Mais comme si cela ne suffisait pas, le prétendant socialiste à la présidence de la République a exhibé sa carte d'électeur pour inviter les Français à aller voter pour leurs convictions, et pas "utile".

Nicolas Dupont-Aignan a profité de son objet pour faire intervenir une thématique relativement oubliée des précédents débats : le handicap. Dans sa main, une statuette que lui a donné en 2010 "un enfant en situation de handicap dans un quartier très populaire de sa circonscription, très difficile". Il semblait pour le coup vraiment sincère. 

Philippe Poutou a apporté un petit drapeau que nous avons eu du mal à identifier du premier regard. Lui et ses camarades (il dit "on") ont decrété qu'il brandirait le drapeau de la Guyane. Avec une étoile rouge au milieu, symbole de la lutte menée actuellement dans cette région d'outre-mer. Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste, qui avait fait sensation lors du précédent (vrai) débat, était cette fois-ci plus posé. Il n'avait ni Marine Le Pen ni François Fillon en face de lui, ce qui l'a déçu. Et nous avec.

Emmanuel Macron avait (peut-être) apporté "la grammaire de son enfance" (ça se dit ? On ne dit pas plutôt un "livre de grammaire" ?). Mais il était le premier des "gros candidats" à intervenir en plateau depuis la fusillade sur les Champs-Elysées. Alors il s’est senti investi d’une mission : réagir à chaud. Et du coup il a laissé sa "grammaire" dans sa loge (nous ne sommes pas allés vérifier). Ce changement de dernière minute est moyennement passé à l'écran. En même temps, une grammaire ou rien, à choisir...

Jacques Cheminade, ce petit candidat qui diffuse des thèses complotistes et parle des extraterrestres, avait apporté des silex bifaces de la Préhistoire, rien que ça. Histoire d'avoir plus vieux que lui sur le plateau ? (pardon) Bon, il a déclaré pour 18 000 euros d'objets préhistoriques dans sa déclaration de patrimoine, il faut bien les sortir de temps en temps.

Jean Lassalle arrivait tard dans la soirée. Certains se sont dit que le fils de berger allait apporter un mouton, une bouteille (pardon)… mais non. Avec sa voix rocailleuse et son rythme lent, il ne venait pas seulement vendre son projet présidentiel mais aussi des livres, deux rapports d'enquête parlementaires rédigés par ses soins : "A la rencontre des Français" et "A la rencontre des Européens". Le premier est disponible en librairie mais on n'a pas remarqué de hausse des ventes dans la soirée sur Amazon.

François Fillon répond aux questions qu’il veut et avec qui il veut. François Fillon n’avait pas envie de se plier à ce petit jeu des objets et il n'allait quand même pas rapporter les fameux costumes. Alors François Fillon n’a rien apporté sous prétexte qu’"il n’est pas fétichiste". Et il ne sera pas mis en examen pour cela.

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