"Plus humain, plus chaleureux" : en 2017, les équipes des candidats à la présidentielle utilisent encore le téléphone pour convaincre les électeurs. Et peut-être même plus qu’en 2012.

Un collègue de France 24 a reçu un coup de téléphone surprenant, mardi 18 avril au matin. Au bout du fil : Emmanuel Macron. Le vrai. Enfin, sa voix enregistrée : "Bonjour, c’est Emmanuel Macron. Ce dimanche 23 avril, c’est l’élection présidentielle, et j’aimerais beaucoup vous en parler directement, il suffit d’appuyer sur la touche 1 de votre téléphone, et de me consacrer une minute. Merci beaucoup."

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Quand on rappelle le numéro qui s’est affiché, le 09 70 38 80 00, on peut entendre un message plus développé.

Notre collègue a reçu cet apel sur son téléphone professionnel. Il ne se souvient pas d'avoir jamais donné ce numéro à En marche. "Et je n’aurais pas donné celui-ci car j’ai un telephone perso", affirme-t-il, étonné qu’on ait pu le contacter par ce biais. Mais il se montre surpris par la méthode "assez old school" mais tout à fait directe.

Qui a dit que les messages téléphoniques, c’était old school ?

Son numéro fait en réalité partie de ceux choisis par la nouvelle campagne téléphonique d’Emmanuel Macron, lancée mardi 18 avril au matin sur toute la France. La dimension technique est assurée par la société CallR, spécialisée dans le marketing vocal et SMS. C’est la première fois que l’équipe numérique du candidat emploie cette méthode de diffusion à grande échelle, même si ponctuellement des messages ont pu être envoyés localement pour inviter à des événements, précise Mounir Mahjoubi, directeur de la campagne numérique de Macron, contacté par Mashable FR. L’avantage selon lui de ce type de communication est qu’elle peut être adaptée à un public moins réceptif aux réseaux sociaux et au mail : "Il y a certaines personnes pour lesquelles le mail est désincarné. Pour ma mère, un mail c’est hyper factuel, un message vocal sera plus intéressant. Pour d’autres c’est intrusif..." Au total, ce sont 6 millions d'appels téléphoniques qui seront donc passés du 18 au 21 avril.

En 2017, le téléphone n’est donc pas "has been". Loin de là même ! Les équipes de Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon ou encore Marine Le Pen l'utilisent aussi, mais sous des moyens différents : SMS, message préenregistré, appel de militant à électeur potentiel, etc.

L’équipe de Benoît Hamon utilise aussi des messages pré-enregistrés

Parmi les cinq principaux candidats à la présidentielle, seuls Emmanuel Macron et Benoît Hamon ont eu recours à des messages préenregistrés. Le candidat socialiste y a eu recours avant son meeting à Bercy, pour inviter ses sympathisants à se mobiliser. Sinon les équipes socialistes utilisent beaucoup les SMS, et depuis la mi-mars les appels classiques de militants pour démarcher de nouveaux électeurs. Au niveau national, environ 50 à 100 bénévoles ont été mobilisés pour passer des appels auprès de personnes qui s’étaient inscrites sur le site de campagne du candidat, pour leur proposer de participer à des actions. Au total, 20 000 électeurs potentiels auraient ainsi été démarchés.

Une "goutte d’eau" par rapport aux milliers d’appels au niveau local passés par des militants des fédérations en direction de simples électeurs. Pour Tania Assouline, chargée de la mobilisation dans l’équipe de campagne de Benoît Hamon, "le contact téléphonique et le porte-à-porte sont les actions les plus efficaces. Plus on se rapproche plus les discussions ont de sens".

50 000 coups de fils ont été passés par les Insoumis en deux semaines

Pas question de messages pré-enregistrés pour Jean-Luc Mélenchon. "Ça fait très robot, je crois pas qu’il soit fan de ça", lâche Romain Jammes, responsable national des groupes d’appui dans son équipe. Pour convaincre les électeurs, ce sont des milliers d’Insoumis qui prennent leur combiné, en suivant un tutoriel. "Mais on dit aux gens d’être eux-mêmes et d’arriver avec leurs raisons de voter", précise le responsable.

La palme d’or de la transparence revient sans doute au candidat de la France insoumise, puisqu’on peut suivre sur son site, melenphone.fr, le nombre d’appels passés par son équipe quasiment en temps réel. Des militants motivés appellent en masse des électeurs inscrits dans l’annuaire pour les convaincre de voter Mélenchon. 2 000 à 3 000 personnes se sont inscrites sur le site, mais c’est un noyau dur de quelques centaines de militants qui fournit l’essentiel des appels. Certains ne font même que ça : mardi, "marinainsoumise" – c’est son pseudo – a passé pas moins de 260 appels ! La plateforme a été lancée le 31 mars. 18 jours plus tard, ce sont plus de 50 000 coups de fils qui ont été passés, à en croire la France insoumise.

"On a eu l’idée de lancer cette plateforme quand on a vu le grand nombre d’indécis dans la campagne", explique Romain Jammes, pour lequel l’outil se veut complémentaire du porte-à-porte et de méthodes plus directes que le mail ou les messages sur les réseaux sociaux. Les militants de Mélenchon n’ont toutefois pas de statistiques exactes du "taux de conversion" généré par ces appels, mais le responsable des campagnes téléphoniques, Andréa Kotarac, estime que que sur ce type de méthodes, il est en général "de l’ordre de 10 %" :

"Plus humain, plus chaleureux"

Chez François Fillon aussi on fait ça "à l’ancienne", comme le résume la responsable de la campagne téléphonique, Andrée Macé. Quelque 600 appels ont été passés en moyenne par jour (hors week-end) depuis le 15 janvier, soit quelques 36 000 appels, opérés par 15 bénévoles qui épluchent au QG de campagne du candidat les bases de données de contacts récoltés pendant la primaire ou via le site fillon2017.fr. "C’est plus humain, plus chaleureux, plus personnalisé, et ça permet de fidéliser les personnes", vante André Macé.

Seul le Front national n’utilise guère les messages enregistrés ou les appels directs. "On a passé en revue tous les moyens techniques, on est obligé de répartir les budgets, et on a estimé qu’on pouvait faire autrement", résume Gaëtan Bertrand, responsable du pôle numérique de Marine Le Pen, dont les militants utilisent quand même les SMS.

Qui a dit que le téléphone dans sa simple fonction d'appel vocal était mort ? Cette campagne démontre le contraire : Romain Jammes n’a d’ailleurs pas le souvenir que l’outil ait été utilisé au sein de l’équipe de Jean-Luc Mélenchon en 2012. Ressortez vos vieux combinés, le téléphone est plus présent que jamais !

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