La rivière Slims, au nord du Canada, s'est asséchée en seulement quatre jours, selon une étude scientifique publiée lundi.

La rivière Alsek a volé l’eau de sa voisine la rivière Slims. Enfin, le changement climatique l’a un peu poussée à le faire.

Le phénomène est connu sous le nom de "piratage des rivières" – river piracy, en anglais –, expliqué par les scientifiques par la fonte du glacier de source chargé de distribuer l’eau vers différents chemins. C’est le premier "piratage de rivières" connu de la période moderne, et le premier à être directement imputable au réchauffement climatique, ont expliqué des chercheurs dans une étude publiée lundi 17 avril par la revue scientifique britannique Nature Geoscience.

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Une nouvelle conséquence du changement climatique inédite. "Jusqu’ici, beaucoup de travaux scientifiques se sont penchés sur les glaciers environnants et le changement climatique comme source de la montée du niveau des mers", a expliqué Dan Shugar, de l'université de Washington, un des auteurs de l’étude, dans un communiqué de presse. "Notre étude montre qu’il pourrait y avoir d’autres conséquences sous-estimées et peu anticipées de la fonte des glaces."

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Le canyon au bout du glacier Kaskawulsh, avec des morceaux de glace récemment effondrés.
JIM BEST, UNIVERSITY OF ILLINOIS

"Jour après jour, nous pouvions voir le niveau de la rivière baisser"

La piratage de la rivière Slims a commencé l’année dernière, au bord du gigantesque glacier Kaskawulsh qui s’étend sur 25 000 km² à travers les territoires du Yukon, au nord du Canada. Depuis des centaines d’années, le glacier alimentait en eau les bassins de la rivière Slims, qui se jette dans la mer de Béring, et la rivière Kaskawulsh, qui se vide dans le golfe de l’Alaska.

Les chercheurs ont constaté qu’un nouveau canyon d’une trentaine de mètres s’était formé dans le glacier et avait détourné ses courants d’eau du lac adjacent qui alimente habituellement la rivière Slims. Un détournement au profit de la rivière Kaskawulsh, qui fournit la rivière Alsek en eau.  

Résultat, la rivière Alsek – une destination populaire pour les amateurs de rafting –, boostée par de l’eau "volée" est devenue bien plus haute qu’à l’été dernier à la même période.

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Des images satellite de 2015 et 2016 montrent l'assèchement brutal de la rivière Slims. Le lac Kluana est visible en haut de l'image de 2016.
Agence spatiale européenne

Pendant ce temps-là, la rivière Slims s’est transformée en vulgaire ruisseau. Le lac Kluane, alimenté par ses eaux, s’est retrouvé si bas que les résidents ont eu du mal à mettre leurs bateaux à l’eau. De la poussière s’est envolée de la vallée asséchée, rendant la circulation aérienne difficile certains jours, expliquait le média local Yukon News, en juin dernier.

Dan Shugar et le reste de l’équipe, dont Jim Best, de l’université de l’Illinois et John Clague, de l’université Simon Fraser au Canada, avaient normalement prévu d’observer la rivière Slims en août 2016. Sauf que la rivière Slims s’est brutalement transformée en "un lac long et fin", a expliqué Dan Shugar. La rivière, normalement profonde de trois mètres, s’était soudainement asséchée du 26 au 29 mai, peu de temps après qu’un canyon se soit formé dans le glacier source.

"Jour après jour, nous pouvions voir le niveau de la rivière baisser", se souvient le chercheur.

À qui la faute ? 

Les scientifiques ont identifié deux raisons principales pour lesquelles le glacier a reculé de plusieurs kilomètres par rapport à là où il se situait au siècle dernier. Après s’être étendu pendant une période froide il y a plusieurs siècles – le petit âge glaciaire –, le glacier a naturellement réajusté sa taille dans les temps plus chauds qui ont suivi. Ensuite, les émissions de gaz à effet de serre l'ont frappé de plein fouet.

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L’équipe va même plus loin en expliquant que la probabilité pour que le glacier ait fondu à cause du "réchauffement climatique constant" serait de 0,5 %, ce qui laisse 99,5 % de "chance" que le vrai coupable soit le réchauffement climatique contemporain.

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Les champs de glace de l'île d'Ellesmere, au Canada, sont en constante fonte à cause du réchauffement des températures.
MARIO TAMA, GETTY IMAGES

Les scientifiques canadiens qui ont observé le phénomène l’année dernière restent partagés sur le rôle du changement climatique imputable aux hommes dans la fonte du glacier.

"Est-ce que cet évènement serait survenu sans le changement climatique anthropique ? Probablement", avait expliqué Kristen Kennedy, géologue au centre d’études géologique de Yukon, l’été dernier.

"C’est incroyable à voir. C’est un phénomène naturel qui survient juste devant vos yeux, peu de gens ont l’occasion de voir ce genre de choses dans leur vie", expliquait-elle.

Richard Alley, un expert des glaciers à l’université de Pennsylvania, qui ne faisait pas partie de l’étude, a expliqué à l’Associated Press que les résultats reconfirmaient "que le changement climatique avait des changements larges, étendus et surprenants". 

– Adapté par Chloé Rochereuil. Retrouvez la version originale sur Mashable

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