Les Français sont de plus en plus nombreux à être tentés par le vote blanc. Mais entre le vote nul et l’abstention, de nombreux citoyens ont du mal à mesurer l’enjeu de ce mode d’expression démocratique. France 24 vous éclaire sur le sujet.

Dans cette campagne présidentielle à rebondissements, ponctuée par les affaires, le vote blanc, synonyme de contestation et de défiance de la classe politique, pourrait atteindre des records. Une alternative à l'abstention ou un risque pour la démocratie ? Décryptage. 

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Le vote blanc attire de plus en plus d’électeurs

VRAI. Le vote blanc, les Français y songent de plus en plus. S’il était reconnu, 40 % des Français seraient tentés de glisser dans l’urne un bulletin blanc (ou vide) pour le premier tour de la présidentielle, selon un sondage Ifop réalisé pour le think tank Synopia le 28 mars. Soit une hausse de 14 points depuis septembre 2014. "L’idée du vote blanc fait son chemin", estime Jean-Philippe Dubrulle, chargé d'études au Département opinion et stratégies d'entreprise de l'Ifop. Pour expliquer cette hausse, il suffit de regarder le rocambolesque de la campagne présidentielle, le climat politique pollué par les affaires et le déficit de légitimité des hommes politiques. "Aujourd’hui, le vote blanc dans les élections oscille entre 2 et 5 % des votants mais ils sont 86 % à souhaiter sa reconnaissance", précise-t-il. Plusieurs pétitions circulent sur Internet pour demander la reconnaissance du vote blanc. L’une d’elles recueille plus de 230 000 signataires, sur Change.org.

Le vote blanc n’est pas comptabilisé

FAUX. Il n’est pas reconnu dans les suffrages exprimés, mais il est mentionné dans les résultats du scrutin. "C’est tout le nœud du problème", souligne Jean-Philippe Dubrulle, "car tant que son résultat ne grimpe pas, il ne sera pas pris en compte". Depuis la loi de 2014, leur nombre figure de manière séparée des bulletins nuls.

Le vote nul et l’abstention sont des actes politiques

FAUX. Il faut distinguer l’abstention, où l’électeur décide de ne pas aller voter (pour diverses raisons : absence, météo, absence de volonté) et le vote blanc. Dans ce cas, l’électeur fait l’effort de se déplacer et d’exprimer un choix politique en refusant ceux proposés. Il y a donc une volonté de participer au débat démocratique. À ne pas confondre non plus avec le vote nul, qui résulte d’une erreur de manipulation (bulletin déchiré, raturé ou annoté, enveloppe contenant plusieurs bulletins ou autre chose qu’un bulletin officiel).

PHOTO ILLUSTR VOTE BLANC 05/04

Voter blanc fait le jeu des extrêmes

FAUX. Selon l’étude de l’Ifop, 44 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 35 % des électeurs de Marine Le Pen seraient tentés par le vote blanc en cas de reconnaissance, contre 33 % pour Benoît Hamon, 30 % pour Emmanuel Macron et 21 % pour François Fillon. L’électorat le plus susceptible d'opter pour le vote blanc est le plus remonté contre la classe politique et cherche à bousculer le système. Il se situe logiquement aux extrémités de l’échiquier politique. "Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont le plus à perdre dans le cas de la reconnaissance du vote blanc", estime Jean-Philippe Dubrulle.

Les candidats n’ont aucun intérêt à reconnaître le vote blanc

VRAI ET FAUX. La reconnaissance du vote blanc fait aussi son chemin chez les politiques, surtout chez les "petits" candidats qui incarnent la contestation, analyse Jean-Philippe Dubrulle. Trois candidats à la présidentielle se sont pour l’heure positionnés sur la question. Benoît Hamon entend soumettre le sujet à un référendum. Jean-Luc Mélenchon propose de le reconnaître comme suffrage exprimé dans la VIe République.

La reconnaissance du vote blanc fait aussi son chemin chez les politiques, surtout chez les "petits" candidats

Nicolas Dupont-Aignan propose enfin de le reconnaître : s’il obtenait une majorité de 50 %, le scrutin serait reporté et les candidats battus ne pourraient plus se représenter. Selon les spécialistes, sa reconnaissance est difficile à envisager car elle impliquerait, à terme, la révocation permanente de l’élection, en remettant en cause le fonctionnement des institutions. 

Selon le fondateur du Citoyen du vote blanc, Stéphane Guyot, la classe politique française focalise son attention sur l’abstention pour éviter de s’intéresser au vote blanc, ce qui les obligerait à se remettre en question. "On ment aux gens quand on leur explique que l'abstention, en soit, est un message adressé par les Français", dénonce Stéphane Guyot. En 2012, au premier tour, 20,52 % des électeurs ne sont pas allés voter et 5,80 % ont préféré glisser dans l'urne un bulletin blanc ou nul.

– Article initialement publié sur France 24.

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