Serait-ce la nouvelle Atlantide ? En mai, l’organisation "Seasteading Institute" doit finaliser la signature d'un accord avec le gouvernement de Polynésie française pour construire une île artificielle.

Imaginez un paradis technologique au milieu du Pacifique. Un véritable îlot de soleil, paisible, avec ses propres lois, loin des tracas du reste du monde. Vous en rêvez ? Vous n'irez pas. Sauf si vous venez de la Silicon Valley et gagnez beaucoup, beaucoup d'argent. Désolé.

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Fondé en 2008 à la Silicon Valley, le Seasteading Institute promeut la création de plates-formes flottantes sur l'océan, interconnectées entre elles, et sur lesquelles l'organisation non gouvernementale veut installer de véritables villes autonomes.

La première ville insulaire du Seasteading Institute devrait voir le jour en 2019, au large de la Polynésie française. Un premier protocole d’accord, intitulé "The Floating Island Project", a été signé entre les deux parties – le Seasteading Institute et le gouvernement polynésien – le 13 janvier dernier. Une deuxième rencontre déterminante pour le projet doit avoir lieu en mai, a affirmé Randolph Hencken, directeur exécutif du projet, à Mashable Australia.

Super, un pays sur l’eau... Mais pour quoi faire ?

Le but affiché ? Répondre aux "défis liés à la montée des eaux et au développement durable", explique la FAQ du site officiel, grâce à une micronation insulaire, répartie sur plusieurs îles interconnectées, où l’on vivrait et travaillerait en totale autonomie énergétique vis-à-vis du continent. Sur place, le Steasteading Institute veut développer "l’aquaculture, l’agriculture verticale, les recherches en science et ingénierie écologique, l’énergie marémotrice, la médecine, les nanotechnologies" et beaucoup d’autres projets ambitieux.  

Seasteding Institute

Néanmoins, cette île techno-utopiste construite sur les eaux internationales semble aussi être un moyen d’échapper aux impôts et aux lois monétaires en vigueur aux États-Unis ou en France. D’abord parce qu’elle devrait appliquer les lois bancaires en vigueur en Polynésie française, qui sont particulièrement avantageuses en matière fiscale. Ensuite, parce que dans le futur, l'organisation veut créer des villes sur les eaux internationales qui seront libérées des lois des pays hôtes. Enfin, parce qu’elle attirerait principalement des gens fortunés – vivre sur l’eau coûte une nageoire. L’idée a d’ailleurs su séduire un certain public dans la Silicon Valley : le fondateur de PayPal et financeur de Donald Trump Pether Thiel, premier investisseur du projet, ou l’activiste libertaire Patri Friedman, désormais à sa tête.  

C’est un peu ce qui semble distinguer le projet Seasteading des autres ébauches de nations insulaires : un côté très centré sur les nouvelles technologies et l’innovation… dans un paradis fiscal.

OK, génial ! Qui va pouvoir aller innover et gagner de l’argent dans le Pacifique, du coup ?

Ashley Blake est l’ambassadeur australien – non rémunéré – de l’Institut. Il a rejoint le projet il y a deux ans, après avoir ressenti "une forme d’appel sécessionniste" pour rejoindre un "mouvement créatif", expliquait-il au festival des start-ups de Brisbane, en février. "Dans les premières années de ma carrière, je travaillais dans le commerce du carbone. Souvent, des business devenaient obsolètes comme ça, d’un coup de stylo", affirmait-il, faisant référence à une taxe instaurée sur le carbone en 2014. "Pour certaines personnes, la société ne change pas assez vite. Pour d’autres, elle va beaucoup trop vite", continue Ashley Blake, se classant clairement dans la première catégorie.

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"Swimming City", l'image de synthèse ayant gagné le concours "Design Contest" organisé par le Seasteading Institute.
The Seasteading Institute

Les humains rêveront toujours de nouvelles façons de vivre, de créer une société parfaite. Le fait est que le projet est porté par des hommes blancs, riches et issus de pays développés. Comment leur faire confiance pour ouvrir ses innovations au plus grand nombre ?

Ashley Blake aime à penser le projet comme une start-up. Un endroit pour essayer des nouvelles technologies. Surtout, les créateurs du Seasteading Institute envisagent ces îles artificielles comme un moyen d’expérimenter des innovations pour faire face au changement climatique. Mais qui en profitera : les riches exilés fiscaux de l’île ou les habitants des pays insulaires du Pacifique, premières victimes du réchauffement climatique ?

C’est toute la question posée par le développement d’un projet comme le Seasteading Institute. "Ce n’est pas une solution pour une société complète", conclut Ashley Blake. "Peut-être que le projet deviendra une maison pour personnes âgées. Ou peut-être un endroit où les jeunes entrepreneurs pourront aller."

– Retrouvez l'article original de Ariel Bogle sur Mashable.

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